Audio visuel
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NAISSANCE D’UNE SECTION ARCHIVES AUDIOVISUELLES AU SEIN DES ARCHIVES DÉPARTEMENTALES DU CANTAL
C’est en 1995 qu’une convention cadre Etat/Conseil Général du Cantal crée un financement pour la réalisation d’une étude de préfiguration d’un centre de sauvegarde d’archives sonores. Ce projet est né de la prise de conscience par les collectivités de l’urgence qu’il y avait à créer une véritable structure apte à gérer professionnellement des fonds d’archives orales alors dispersés et en danger vu l’état non - pérenne des supports. Grâce à l’aide financière prévue par cette convention pluriannuelle de trois ans, Frédéric Bianchi avait été embauché, sur un poste à mi-temps. De cette période de préfiguration était née en mars 1998 une nouvelle association, le Centre Joseph Canteloube qui avait déjà son siège social dans le bâtiment des Archives départementales du Cantal.
Lors de l’Assemblée Générale de février 1998, les collectivités et les services de l’Etat ont indiqué qu’il n’était pas possible pour eux de s’engager d’entrée sur une participation à la hauteur de celle qui était prévue (création de trois postes de permanents, mission de numérisation, de traitement documentaire des fonds et d’accueil du public). Lors de cette assemblée, les représentants de la DRAC Auvergne, du Conseil Régional d’Auvergne, du Conseil Général du Cantal et de la Ville d’Aurillac avaient souhaité qu’une phase intermédiaire de sauvegarde fût lancée, phase qui ne compromettait pas la bonne évolution et la progression de cette phonothèque, mais qui répondait à l’urgence du moment.
Pour des raisons budgétaires, les deux seules missions confiées à cette structure furent la numérisation d’archives orales anciennes et la réalisation d’enquête de terrains (histoire, contes, légendes…). Dans ce but, un seul poste de permanent fut crée en contrat type « emplois-jeunes » et, suite au bon déroulement de cette phase de préfiguration et dans une logique de continuité, ce fut Frédéric Bianchi qui assura la poursuite de ce programme. Cette structure documentaire régionale bénéficia donc d’aide au fonctionnement de la Commission Européenne, du Conseil Régional d’Auvergne, du Conseil Général du Cantal, de l’Etat et de la Ville d’Aurillac.
En ce qui concerne l’acquisition de la station de gravure, elle fut prise en charge par la ville d’Aurillac avec l’aide du Conseil Régional d’Auvergne et du Conseil Général du Cantal. Ce Centre était né d’un manque : dans la Région Auvergne, aucune structure publique ou privée n’était apte à prendre en charge ce type de documents. Le Centre Joseph Canteloube se devait de progresser pour devenir à terme un véritable centre documentaire qui pourrait « recueillir, conserver et diffuser la mémoire orale de notre région ».
Mais de nombreux problèmes sont régulièrement venus émailler les divers montages financiers et ont fait prendre conscience à ses administrateurs que le point faible de cette structure résidait dans le fait qu’il s’agissait là d’une structure financée à 99 % par des fonds publics et que, de ce fait, chaque partenaire se devait d’apporter un soutien financier régulier sous peine de voir ce Centre disparaître. Lors du Conseil d’Administration et de l’Assemblée Générale du 20 février 2002 ont dû être évoquées les pistes d’évolution de ce centre d’un point de vue à la fois fonctionnel et institutionnel. En effet, le retrait annoncé par la ville d’Aurillac du groupe des collectivités accordant un soutien financier à cette association posait la question de sa survie dès janvier 2003. Le caractère aléatoire et non programmé du soutien des autres partenaires financiers institutionnels interdisait complètement le développement du centre si des financements compensatoires n’étaient pas trouvés, si une contractualisation pluriannuelle n’était pas négociée ou un si un changement total ou partiel de statut n’était pas envisagé. Dès février 2002, trois hypothèses étaient donc à l’étude:
- survie du Centre Joseph Canteloube grâce au vote d’une aide au fonctionnement de la part du Conseil Général du Cantal, du Conseil Régional d’Auvergne, de la DRAC Auvergne, au minimum pour trois ans ;
- arrêt de d’activité du Centre Joseph Canteloube, faute d’argent, avec le risque de dispersion de ses collections ;
- intégration de ce service au sein des Archives départementales du Cantal ce qui impliquait une demande de prise en charge par le Conseil Général du Cantal des missions inscrites dans les buts de l’association, considérant qu’elle participait indéniablement à une œuvre de service public.
Au début de 2004, la fin du Centre Joseph Canteloube semblait inéluctable puisque qu’aucune subvention de fonctionnement n’avait été votée par les diverses collectivités. Tout semblait donc nous conduire vers une fin d’activité avec le spectre de la dispersion des collections et du savoir-faire mis en place depuis près d’une décennie. Mais, lors de l’assemblée générale extraordinaire du 8 mars 2004, directeur des Archives Départementales du Cantal depuis février 2004 et représentant le Conseil Général du Cantal, j’ai confirmé que, sur proposition de Monsieur Vincent Descoeur, Président du Conseil Général du Cantal, la Commission permanente avait voté à l’unanimité la reprise en charge (si l’association Centre Joseph Canteloube en faisait la demande) de cette mission de sauvegarde du patrimoine sonore par les Archives départementales du Cantal.
Dans un second temps, j’ai annoncé que, dans cette perspective, Monsieur Frédéric Bianchi avait, si ce poste était ouvert, toutes les compétences requises pour postuler. J’ai également informé l’assemblée de l’importance des travaux qu’allait subir, dans les mois à venir, le bâtiment des archives départementales, travaux qui incluraient la réalisation d’une nouvelle salle d’accueil du public d’une capacité de 40 places, en rez-de-jardin, ainsi qu’une cabine de consultation de documents multimédias, assurant ainsi le futur accès à des documents numérisés.
En mars 2004, après vote par l’association du transfert des activités de numérisation et de collectage de l’association vers le service des Archives départementales du Cantal le Conseil Général réuni en séance plénière vota la création d’un poste d’agent du patrimoine au sein de son service d’archives pour assurer cette mission. Frédéric Bianchi intégra donc la fonction publique en avril 2004. Dans une volonté de transparence, l’assemblée générale extraordinaire de mai 2005 du Centre Joseph Canteloube a considéré que le Conseil Général du Cantal avait accepté de reprendre ses missions et qu’après plus d’un an d’activité les archives départementales avaient démontré qu’elles assumaient pleinement et efficacement ces missions. L’association n’ayant plus de raisons d’être du fait de cette prise en charge satisfaisante, ses membres ont décidé lors de cette assemblée de voter la dissolution de l’association « Centre Joseph Canteloube ».
Depuis avril 2004 les Archives départementales assurent donc cette mission de conservation de notre patrimoine sonore. Elles possèdent une technologie de pointe d’acquisition, de numérisation et de gravage d’archives sonores qui est annuellement révisée et étoffée grâce à la création au sein de son service d’une nouvelle ligne budgétaire d’investissement. Cette station nous permet de réaliser le transfert du son qui se trouve sur de vieux supports vers des supports sains (type CD R). Pour cela nous continuons de constituer au fil des années un parc de vieux lecteurs par exemple magnétophone lecteur de bande analogique ¼ de pouce, lecteur de microcassette,etc.
Pour notre service cette numérisation a deux objectifs principaux :
- la sauvegarde de ces archives sonores inédites dont le support d’origine se détériore inévitablement,
- un accès facilité aux documents.
Les engagements pris par le Conseil Général de communiquer les archives ont été tenus et, au printemps 2006, l’inventaire des archives audiovisuelles (série AV) était à disposition du public en salle de lecture et sur le site internet du Conseil Général du Cantal (www.cg15.fr/archives, onglets « Documentations », fichier « Archives Sonores ») de plus l’engagement de mettre à disposition du public une cabine de consultation des archives audiovisuelles a également abouti en début d’année. Ces actions ont permis de faciliter l’accès de ces fonds patrimoniaux à un large public, pour la recherche, l’enseignement et la valorisation. C’est ainsi que, dès 2006 un spectacle comme « L’Echo de Joseph Canteloube » au théâtre d’Aurillac, une conférence comme « Les Voix de Haute-Auvergne » à Riom-ès-montagnes, une participation à une édition phonographique comme « L’Anthologie de la Musique Traditionnelle Collectée en France », la réalisation d’un montage sonore pour la BBC ont permis de valoriser ces fonds.
Il est incontestable que notre institution est l’une des rares structures patrimoniales de conservation et de diffusion qui peut assurer ce type de travail sur le long terme ; l’institutionnalisation rassure, j’en veux pour preuve le nombre croissant de dépôts qui se sont multipliés ces derniers mois (Fonds Marcel Delzons/Thierry Tible/Claude Bernard, Fonds Patrick Mona…). Cet afflux nous conduit à restreindre, pour l’instant, notre activité au Cantal, dans un souci d’efficacité.
Mais, à côté de ces nouveaux fonds nous n’oublions pas pour autant les fonds qui nous ont été déposés il y a déjà plusieurs années et c’est ainsi que nous avons pu finaliser la numérisation des archives sonores de l’Institut d’Etudes Occitanes du Cantal. Nous avons donc eu la satisfaction de restituer aux représentants de cette association, en décembre 2006, l’intégralité de leurs archives orales accompagnées de leurs copies sur CD Audio, nous avons pu ainsi clore un chantier de plusieurs années et assurer la sauvegarde d’un fonds documentaire dont le mauvais état physique des supports avait été à l’origine de l’étude de faisabilité financé par l’Etat et le Conseil Général du Cantal. Mais, même si la sauvegarde de ce fonds d’archives orales occitanes est achevée, notre intérêt pour ce pan de notre culture ne s’arrête pas là et c’est ainsi que nous avons eu la joie de recevoir en octobre 2006 Michel Bonnet et Jean-Marie Maury, représentants de la Maintenance d’Auvergne du félibrige, qui sont venus nous déposer plus de 10 ans d’enregistrements de l’émission en langue d’oc « Occitania », émission conçue par Jean Fay, Jean Vezole, Michel Bonnet et Jean-Marie Maury. Ces différents dépôts font de nous un véritable lieu de sauvegarde où tout passionné de langue occitane peut venir consulter tout type de documents en langue d’oc : livres, revues, journaux, archives orales … nous sommes heureux de pouvoir donner un accès libre à tous ces fonds documentaires qui sont autant de témoignages de la richesse de cette culture. Nous pouvons d’ailleurs confirmer ce type d’interopérabilité entre les supports en informant les passionnés de chants traditionnels que non seulement ils peuvent désormais venir consulter aux archives départementales un important corpus d’enregistrements de chants mais qu’ils pourront également d’ici quelques mois venir consulter les archives du grand musicien et collecteur Joseph Canteloube, déposées par sa belle-fille en octobre 2006.
En complément de ces domaines d’étude, nous n’hésitons pas à poursuivre l’enrichissement de ces collections en nous engageant sur de nouvelles voies en participant, par exemple, à la collecte de témoignages oraux des anciens combattants de la guerre d’Algérie initiée par la Direction de la mémoire du patrimoine et des Archives du Ministère de la Défense et par l’Office National des Anciens Combattants du Cantal, programme porté par l’historienne Stéphanie Despaux.
Stéphanie Despaux, assistante mémoire de l'Office national des Anciens combattants du Cantal
De nombreux services audio-visuels d’archives départementales comme ceux du Lot, de Seine-Saint-Denis, du Val-de-Marne… réalisent ainsi des enregistrements audio ou audio-visuels. En réalisant des enquêtes de terrain, nous abordons la mission de collecte d’archives et nous ne sommes plus là dans la stricte mission de conservation mais devenons des acteurs et des créateurs d’archives. Si nous avons décidé de réaliser ce type d’enregistrement, c’est que ce travail nous permet d’assurer :
- la constitution de corpus cohérents avec une qualité professionnelle d’enregistrement ;
- la sensibilisation d’autres chercheurs du milieu culturel local à cette pratique en les soutenant avec une logistique professionnelle. Dans ce cas l’apport n’est que technique car les entretiens sont dirigés par le chercheur ;
- la création de documents dont les archives sont « productrices » et dont, contrairement à tous les dépôts réalisés, elles possèdent les autorisations d’enregistrement, d’exploitation et de diffusion pour l’édition, la création d’expositions ;
- l’enregistrement de forums, rencontres, colloques pour la collectivité
Les Archives Départementales du Cantal, service public, ne soumettent pas la communication de ces archives à des contraintes financières. Nous avons choisi de passer des conventions avec les déposants d’archives et les principes fondamentaux retenus sont les suivants :
- l’autorisation obligatoire de pouvoir communiquer librement les documents à l’intérieur des archives immédiatement ou dans un délai défini (souhait du chercheur de pouvoir achever son travail avant d’autoriser la consultation de ses archives)
- toute utilisation, représentation, reproduction, des archives audiovisuelles est soumise à autorisation écrite des ayants droits, c’est à dire des collecteurs ou des personnes collectés ou de leurs ayants droit. Les archives départementales se refusant à servir d’intermédiaire entre le déposant et l’utilisateur de ces archives, c’est à ce dernier de demander l’autorisation aux ayants droits
- Les seules prestations financières réclamées par les Archives Départementales consistent à faire payer à prix coûtant les CD R ou DVD R utilisés pour la reproduction de ces archives et une tarification sera votée pour la reproduction de ces informations par le technicien des Archives Départementales.
Notre monde produit des archives écrites mais il produit aussi, depuis un siècle, des archives audio-visuelles. Ce que l’INA (Institut National de Audiovisuel) réalise pour les archives audiovisuelles publiques, les Archives départementales ont désormais les moyens de le réaliser, à leur échelle et pour le Cantal. Face à la dispersion et à la dégradation de ces « nouvelles archives », les Archives Départementales du Cantal, assument ce devoir de transmission.
Edouard BOUYÉ Directeur des Archives départementales du Cantal
