Banal Constat

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Janvier 2007

BANAL CONSTAT


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Par A F Coulon

OH ! je vous entends vous lamenter… vos enfants parlent SLAM, chantent RAP, écrivent TEXTO.

Nad a kc oto, rv milk kf 16 h.

Langages de la rue. Out l’école et sa grammaire. Distance prise avec la langue de Molière.

Trilinguisme constaté : la rue, l’école et la mère.

Mais le phénomène est-il vraiment nouveau ?

Je vous laisse juges.

IMAGINEZ ! Nous sommes en 1930, dans un village du Haut Cantal. 400 habitants. Un tiers composé de paysans, un autre tiers d’ouvriers agricoles et le dernier tiers travaillant à la scierie ou à la carrière du pays.

Comme partout : un maire, un instituteur et un curé.

A l’église on écoute la messe et on chante en latin.

A l’école on récite en français exclusivement.

A la maison on parle la langue maternelle : le patois.

Triluingisme déjà !

Le « Guillot » -livre de lecture de l’époque- démarre sur l’apprentissage du « i » puis le « in ».

« Le lapin. Maman chante le matin. Le ruban de satin fin. »

Autant de « in » qui traumatisent les jeunes lecteurs, trop habitués au parler de la maman : « lapi… mati… sati fi… ». Dur, dur ce « n » à prononcer.

Et ne parlons pas de ces mots patois qui adoptent un genre différent en français !

Personne n’a vraiment dit aux élèves que leur langue maternelle remonte loin, très loin. Qu’elle vient du latin. Un latin qui a su s’adapter aux formes orales des pays conquis.

Mais la Révolution a chassé les patois. Menaces aux propagandes révolutionnaires. Le Français devient alors un outil d’unification.

A cette époque le patois n’était pas toléré. On disait que ce n’était pas une langue. La preuve ? Elle ne s’apprenait pas à l’école.

Et le maître sévissait sans avoir vraiment pris conscience qu’il n’était pas aisé de se débarrasser de sa langue maternelle au seuil de la classe.

Mais la morale officielle était là.

La punition ( pour qui parlait patois) : « le signe ».

Chaque matin, dès 8 heures et avant la leçon de morale, il y avait la cérémonie du « signe ».

En début d’année scolaire, le maître avait donné une bobine de fil vide à l’élève qui avait le premier parlé patois. Sur cette bobine était inscrit « Bon pour cent lignes ».

Lorsqu’un élève avait la bobine, son seul souci était de trouver un camarade qui avait parlé patois devant lui, afin de lui refiler la chose punitive.

Ainsi chaque jour le maître demandait à connaître le porteur de la bobine qui disposait de la journée pour accomplir sa sentence et surtout ouvrir la chasse pour trouver un nouveau « patoisant »… histoire de se libérer du « signe ».

Comme chacun peut en juger : l’histoire est un éternel recommencement.


©af.COULON

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