Histoire du château de Conros

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NEUF CENTS ANS D'HISTOIRE DES FAMILLES QUI ONT HABITE CONROS


Conférence du 23 Juillet 1998 à Arpajon sur Cère par Alain Mongon

Sommaire


Mesdames, Messieurs, Chers amis,

Je remercie le Centre Social et Culturel d'Arpajon-sur-Cère et l'Atelier « Mémoire d'Arpajon » de me donner l'opportunité d'évoquer devant vous, une fois encore, le château de Conros si cher aux Arpajonnais et à notre famille. Je remercie Monsieur Jammet de sa présentation de la conférence de ce soir et des mots aimables qu'il a eus à l'égard de mon épouse et de notre famille. Je saisis cette occasion pour féliciter Monsieur Alain Piquet pour la belle affiche qu'il a composée pour l'annonce de cette conférence.

Le 24 Juillet 1997, je vous décrivais la construction et la restauration du château de Conros. Cette année Monsieur Jammet et les membres du bureau de l'Atelier « Mémoires » m'ont demandé de vous raconter « neuf cent ans d'histoire des familles qui ont habité Conros ». Je le fais avec d'autant plus de plaisir que Conros est une maison qui a une âme et qui marque de façon indélébile tous ceux qui habitent ou qui y passent. Je suis, moi-même, passionné de Conros depuis le jour où, avec mon épouse Maud, nous avons décidé de restaurer Conros pour y habiter et l'ouvrir au public pour le faire visiter.

Nous n'ajoutions là qu'un maillon à la chaîne initiée en 1130 par Astorg 1er d`Aurillac et maintenue vivante pendant près de neuf siècles par toutes les familles qui ont aimé et animé ce haut lieu sur les rives de la Cère.

Ce soir, je vous rappellerai l'histoire des cinq familles qui se sont succédées à Conros :

de 1130 à 1514 les Astorg d'Aurillac

de 1514 à 1556 les Gontaud-Biron

de 1556 à 1838 les Saint-Martial

de 1838 à 1971 les d'Humières

de 1971 à ......les Mongon

Trente-huit générations de propriétaires depuis 1130 ! Soit une durée moyenne de vingt-trois ans pour chaque génération.


Les Astorg d'Aurillac

Armes : d'azur à bande d'or, accompagnée de six coquilles d'argent placées en orle.

Je commencerai donc par les Astorg d'Aurillac en vous lisant des Extraits du « Dictionnaire Statistique et Historique du Département du Cantal » (pages 94 à 105) publié en 1852 par Monsieur DERIBIER DU CHATELET.

Cet extrait attribué par Monsieur René Monboisse (Société des Lettres, Sciences et Arts de la Haute Auvergne) au Baron Alexandre Deizons est le meilleur texte connu à ce jour sur les Astorg d'Aurillac. Ceci lui a été confirmé par Monsieur Jean-Eric lung, Directeur des Archives départementales du Cantal.


« La châtellenie de Conros est certainement une des plus considérables, et la maison qui la possédait aux XIIIème et XlVème siècles une des plus anciennes du haut pays d'Auvergne. Raison de plus pour se garder de toute exagération, en parlant de l'une et de l'autre....

....Les Astorg ou Montal sont une seule et même famille, dont les aînés prenaient le nom d'Astorg et les cadets celui de de Montal.... La tradition veut qu'ils descendissent de Raymond, neveu de Saint Géraud ; j'aime à le croire, mais le fait ne me paraît pas historiquement prouvé.

En effet, Géraud est mort au plus tard en 920, et le premier acte dans lequel on rencontre le nom d'Astorg d'Aurillac est daté de 1203 ; or, pendant ce long intervalle de 283 ans, qui comporte au moins huit générations, nous ne trouvons absolument d'autre trace de la descendance de Raymond, neveu de Saint Géraud, que la légende de Saint Robert, fondateur de l'abbaye de la Chaise-Dieu, qui rattache ce saint personnage à la famille du fondateur de l'abbaye d'Aurillac. En admettant aussi cette tradition, il resterait encore une lacune de 200 ans depuis la naissance de Saint Robert, en 1001, jusqu'au premier acte, à date authentique, qui parle d'un Astorg d'Aurillac.

Pour combler cette lacune, je ne connais qu'une sentence arbitrale, sans date, mais M. Bourlange, qui l'a collationnée, croit être de la fin du Xlle siècle. Elle est rendue par B. d'Auzolle, bourgeois d'Aurillac, et Armand de Tournemire, prieur de Jussac, entre l'abbé, le couvent, le cellérier et l'aumônier d'Aurillac, d'une part ; Astorg d'Aurillac et Durand de Montal, frères, fils tous deux de défunt Astorg d'Aurillac, chevalier, d'autre part. Il s'agissait de quelques droits que les deux frères prétendaient, comme viguiers2 de l'abbaye d'Aurillac, et la sentence constate qu'Astorg d'Aurillac, leur aïeul, avait, à cet égard, scellé de son sceau une charte, dont elle ordonne l'exécution.

Si l'on voulait établir une généalogie devant un tribunal avec une pièce semblable, il est plus que douteux qu'elle fut admise, et l'on aurait quelque raison de la rapporter à une date postérieure, puisque nous trouverons encore des Astorg et des Montal frères, mais je l'accepterai et la supposerai, si l'on veut, de l'année 1190. En prenant trente ans pour chaque génération, nous aurons donc

Astorg 1er

Celui qui est appelé aïeul dans la sentence ; il pourra avoir été châtelain de Conros vers 1130.


Astorg II

Le père des deux frères ; il aura succédé à son père vers 1160.


Astorg III

Celui des deux frères qui portait ce nom dans la sentence en 1190 ; ce sera lui qui aura tué ou fait tuer Ramnulfe, 22e Abbé d'Aurillac, et qui, touché de repentir de ce crime, a fait, en 1203, une fondation perpétuelle, et a annoncé l'intention ou de partir pour la Palestine, ou de se retirer dans un cloître.

Vient ensuite, suivant Dubouchet, un Astorg de Montal qui fut présent, en 1204, comme parent, au mariage de Marie de Montpellier avec Jacques, roi d'Aragon, qui, en 1219, fut arbitre entre le vicomte de Turenne et Malfre, seigneur de Castelnau, et assista, en 1221, à l'hommage que ce dernier rendit au vicomte de Turenne.

Cet Astorg de Montal avait épousé Dia de Carbonnières.


Nous ferons remarquer ici que les deux noms, divisés en 1203 et qui l'ont toujours été depuis, sont réunis en 1204 sur la même tête. Ne serait-il pas possible que, soit que le meurtrier de l'Abbé Ramnulfe ait été se faire tuer en Palestine, soit qu'il ait voulu mourir au monde dans un cloître, son frère ait pris à fief, de l'Abbé d'Aurillac, les terres qu'il tenait de lui, et ajouté à son nom celui qui était affecté spécialement aux châtelains de Conros ? Je ne m'explique pas autrement cette double appellation, dont il n'y a pas d'autre exemple.


Astorg IV

Ce qui rend cette conjecture probable, c'est qu'en 1230 Bertrand, Abbé de Maurs, rendit une sentence arbitrale entre Géraud V, Abbé d'Aurillac, et Astorg IV. Relativement à l'hommage du nouvel édifice de Conros et des repaires circonvoisins, on y lit L'Abbé d'Aurillac, après avoir prêté serment, a dit : Conros et sa vallée sont du fief de Saint Géraud ; Du rand de Montal l'a reconnu, et s'est fait homme lige du monastère. Astorg, après avoir aussi prêté serment, a nié ces deux faits. L'Abbé, reprenant la parole, a dit : Astorg a pris en sa main tout le fief que Durand de Montal tenait de moi. Astorg a répondu : C'est vrai ; sur quoi l'arbitre, après avoir entendu les témoins produits de part et d'autre, déclare constant que Durand de Montal avait pris en ses mains Conros et ses dépendances, avait reconnu que le tout faisait partie du fief de Saint Géraud, et s'était fait l'homme lige de l'Abbé ; que, par conséquent, Astorg qui, de son aveu, tenait sa place devait faire hommage à l'Abbé. Il le fit le même jour.

Cet acte prouve, ce me semble , qu'entre Astorg III et Astorg IV, Durand de Montal, ou, comme l'appelle Dubouchet, Astorg de Montal, a tenu le fief de Conros. L'a-t-il fait, comme tuteur de son neveu, en supposant qu'Astorg IV fut le fils d'Astorg III, ou bien Astorg Ili était-il mort sans postérité, et Durand de Montal, son frère, lui avait-il succédé ? Je pencherai vers cette dernière supposition, parce qu'on verra tout-à-l'heure qu'Astorg V appelle Dia de Carbonnières son aïeule, et que c'est par elle que la châtellenie de Carbonnières est advenue aux de Montal de Laroquebrou par Durand, son fils, chef de cette branche.

Quoiqu'il en soit, Astorg IV rendit hommage à Raymond, comte de Toulouse, du château de Tinières, en présence de Raymond, vicomte de Turenne, de Roger de Comminge, de Malfre de Castelnau et de Durand Il de Montal, frère dudit Astorg, porte l'acte, nouvelle preuve, ce me semble, qu'ils étaient tous deux fils de Dia de Carbonnières et de Durand de Montal, qui, après la mort naturelle ou civile de son frère, Astorg III, avait pris les noms des deux branches de la famille Astorg et de Montal. Outre les deux enfants ci-dessus nommés, ils avaient eu encore Géraud, archidiacre de la Marche en 1227 ; Guillaume, évêque de Paris en 1228, qui mourut le 11 avril 1243, et fut enterré à Saint-Victor ; et enfin un autre Astorg, rappelé dans un acte de 1258.


Astorg V

- Tout ce que nous savons de lui, c'est qu'il avait épousé Marguerite de Malemort, qu'il prit la croix et que, par acte authentique de 1258, il confirma et fit ratifier à son fils les donations faites à l'abbaye de Bonneval par Astorg d'Aurillac, son père ; autre Astorg d'Aurillac, son oncle, par Pierre de Carbonnières et Dia de Carbonnières, son aïeule. Il partit ensuite pour la croisade, et mourut en Afrique en 1260.


Astorg VI

- Le 24 juin 1261, Astorg VI d'Aurillac et Pierre de Montal, frères, fils et héritiers de Astorg V d'Aurillac, chevalier, abandonnèrent à Durand de Montal, Guillaume de Montal, Guillaume de Malemort et Malfre de Castelnau, gardiens du testament de leur père et ses exécuteurs testamentaires, la moitié de tous les revenus de leur terre pendant trois ans, pour payer les droits, les frais, les amendes, les dettes et les aumônes dus par sa succession.

Cet acte est scellé des sceaux d'Hugues, comte de Rodez, et d'Aymar, Abbé d'Aurillac. Astorg VI fut armé chevalier par Saint-Louis le jour de la Pentecôte, 1267. Le 20 juillet 1269, il fournit, à l'abbé d'Aurillac, l'aveu et dénombrement de tout ce qu'il tenait de lui ; le 27 du même mois il reconnut tenir d'Alphonse, comte de Poitiers et d'Auvergne, certains affars situés dans les oi paroisses de St-Cirgues-de-Jordane, Lascelles, St-Rémy-de¬Jordane et St-Martin-de-Thiézac. Le 3 août, même année, il fit hommage à l'abbé Guillaume, et le mit en possession du château de Conros.

Le 12 septembre suivant il obtint des lettes d'Alphonse, comte de Poitiers et d'Auvergne, au sénéchal du Rouergue, pour contraindre Marguerite de Malmort, sa mère, à lui rendre le château de Thinières, dont elle s'était emparé à son préjudice. Le 28 octobre il reconnut qu'Astorg d'Aurillac, son aïeul, tenait à hommage lige, de l'évêque de Clermont, le château de Labastide et ses dépendances.

Enfin, le 22 août 1270, après avoir ainsi mis ordre à ses affaires, Astorg VI vendit à Durand de Montal, son oncle paternel, au prix de 13,060 sols de Clermont, tout ce qu'il possédait dans les paroisses de Viescamp, St-Etienne, St-Gérons, Ayrens, Crandelles, Ytrac et Omps, et, avec cet argent, il suivit Saint-Louis dans sa dernière croisade.

C'est lui qui est désigné, dans la Biographie universelle, sous le nom d'Austau d'Orliac, comme 02 auteur d'une pièce de vers dans laquelle il s'en prend à Dieu et aux saints de la mort du Saint Roi.

Au retour de la Croisade, Astorg VI eut à soutenir une longue guerre contre le Comte de Rodez. Voici à quelle occasion :

La châtellenie de Conros n'était qu'un arrière-fief de l'abbaye d'Aurillac ; elle était un démenbrement de la vicomté de Carlat, fief de l'abbaye. Or, en 1096..., Richard, vicomte de Carlat, et vassal, par conséquent, de l'Abbé d'Aurillac, acheta de Raymond de St¬Gilles, comte de Toulouse, le comté de Rodez. Mais, ce Richard avait un frère nommé Gilbert, avec lequel il avait été obligé de partager la vicomté de Carlat ; celui-ci ayant eu pour sa part le Gévaudan, épousa Gerberge, fille unique de Bertrand, comte de Provence ; il en eut une fille nommée Douce, qui hérita de la Provence et du Gévaudan.

Après quelques générations, ces provinces tombèrent encore en quenouille aux mains d'une fille, appelée Douce II, qui épousa Raymond Berenger, comte de Barcelone ; et, en 1166, Alphonse ler, roi d'Aragon, succéda au comté de Provence et aux droits de Gilbert.

Saint-Louis qui, dans le contrat de mariage d'Alphonse, son frère, avec l'héritière des comtes de Toulouse, avait stipulé la réversion du comté à la couronne de France, en cas de mort sans enfants, avait à coeur de régler, d'une manière définitive, les droits des princes étrangers sur les terres de son royaume ; en conséquence, il signa un traité avec Alphonse, roi d'Aragon, par lequel celui-ci renonça à ses prétentions sur Carcassonne, Béziers, Agde, Albi, Rodez, Cahors, Narbonne, Nîmes, ainsi que sur le Minervals, le Lauraguais, le Rouergue,fie Quercy, l'Agenais et le Gévaudan, et la France cédait à ce prince ses droits sur Barcelonne, Urgel, Gironne, le Roussillon, une partie de la Cerdagne et quelques autres terres peu considérables.

Le roi d'Aragon ne conservait, en deçà des Pyrénées, que la seigneurie de Montpellier avec ses dépendances, et la suzeraineté sur le vicomté de Carlat, en Auvergne, qu'il se réservait, comme faisant partie du domaine des anciens vicomtes de Millau, ses ancêtres maternels.

Mais, avant ce traité et pendant les longues années d'anxiété et de doute qui s'écoulèrent pendant la guerre des Albigeois, et les brusques changements qui la suivirent, les abbés d'Aurillac avaient dû chercher à retenir la suzeraineté des terres par eux données en fief aux vicomtes de Carlat, et que ceux-ci avaient sous-inféodées.

Il est probable qu'ils préféraient les faire passer directement aux mains de vassaux moins puissants que les comtes de Rodez, que d'autre part le châtelain de Conros n'aurait pas été fâché de devenir le vassal direct de l'abbaye au lieu d'en rester l'arrière-vassal, voilà, peut-être, l'explication naturelle de la sentence arbitrale de 1230 et de l'hommage fait directement par Astorg IV à l'Abbé le même jour, ainsi que du dénombrement et de l'hommage fait par Astorg VI, en 1269, à l'Abbé d'Aurillac.

Mais le Comte de Rodez réclama, de son côté, cet hommage direct, en sa qualité de vicomte de Carlat ; il en appela même aux armes et, après bien du sang répandu et bien des ravages de part et d'autre, on convint enfin d'un arbitrage le 4 mai 1284.

Astorg VI avait épousé Aux de Calmont-d'Olt ; n'en ayant pas d'enfants, il institua pour son héritier Aymeric de Montal, son frère, en 1285. Il dut survivre quelque temps à ce testament, car sa veuve épousa, en seconde noces, Raymond Pelet, seigneur d'Alais, le le, septembre 1292.

Astorg VII

- C'était probablement le fils d'Aymeric de Montal, frère d'Astorg VI, et institué héritier par lui ; à moins que cet Aymeric n'eût pris le nom d'Astorg, en recueillant l'héritage de son frère ; ce que je ne crois pas, parce qu'Astorg VII est appelé damoiseau dans o3 plusieurs actes que je vais faire connaître.

D'abord dans une sentence rendue par Guillaume d'Achillose entre l'Abbé d'Aurillac, le Comte de Rodez et Iu& au sujet de l'hommage de Conros et de ses dépendances, il fut décidé par l'arbitre qu'Astorg prêterait foi et hommage au Comte, et que le Comte ferait, à son tour, directement hommage à l'abbé d'Aurillac ; la sentence est du 3 mars 1290.

Durand II de Montal y était présent, et il n'est pas question d'Aymeric. En second lieu, il est encore appelé damoiseau dans le contrat de mariage de Bernard de La Tour et de Béatrix de Rodez, en 1295.

L'année suivante, le 29 novembre 1296, Henri, comte de Rodez, rendit foi et hommage à l'Abbé d'Aurillac, et Astorg VII est encore qualifié damoiseau dans l'acte qui en fut dressé. Il prend lui¬même cette qualité dans un acte du 4 décembre 1298, par lequel il vend dix livres de rente aux consuls d'Aurillac. Enfin, on le dit encore damoiseau dans un compromis relatif au péage qu'il percevait aux Prades, et ce à la date du 27 janvier 1300. Au contraire, le 25 janvier 1303, dans un hommage par lui rendu à l'abbé d'Aurillac, il prend le titre de chevalier.

Or, il est difficile de croire que le frère d'Astorg VI qui avait été armé chevalier en 1267, ne le fut pas encore trente-trois ans après en 1300. Donc il faut conclure qu'Astorg VII n'était que le neveu de son prédécesseur. Quoiqu'il en soit, Astorg VII avait épousé, en 1285, Douce de Thémines, dame de Palaret ; il en eut Astorg VIII qu'il maria, en 1314, avec Dauphine de La Tour, fille de Bernard et de Béatrix de Rodez. Le 9 mai 1317, il énumère tous les droits du seigneur et tous ceux des habitants. Charte précieuse et qui mérite d'être reproduite. Il doit être mort à la fin de 1322 ou au commencement de 1323.


Astorg VIII

Il vendit, en 1335, la terre de Palaret qu'il tenait de Douce de Thémines, sa mère. Le 12 août 1344, il fit, avec Dauphine de La Tour, sa femme, hommage à l'Abbé d'Aurillac, qui était alors Aymeric de Montai, leur parent, de ce qu'ils possédaient dans la châtellenie d'Escorailles.

Je pourrais citer de cet Astorg une foule d'actes, mais il faut se borner à quelques-uns. Le 3 novembre 1332 il vendit, à Hugues de Fabrefort, le village de Montal, entre Arpajon et Prunet.

En 1342, 04 de concert avec sa femme, Dauphine de La Tour, il vendit, à Pierre Tocabiou, 20 septiers de blé de rente. Le jeudi après l'Annonciation de la Vierge, 1342, il ratifia et fit ratifier par son fils la donation du village et des dîmes de Gagnac faite en 1306, 1315 et 1321 par son père à Guillaume de Conros, damoiseau, son frère, probablement frère naturel, puisqu'il ne porte pas le nom d'Aurillac ; le même jour il vendit à Guillaume Rolland, chevalier, le domaine de Croizet-lez¬Aurillac.

Le 7 février 1349, d'accord avec son fils, il donna à Dauphine de La Tour, sa femme, le lieu de Vezac et ses dépendances, I'affar de Fournol et le village Despinet, de valeur de 60 livres de rente, en comptant le septier de froment pour 4 sols tournois, le septier de seigle 3 sols, celui d'avoine 18 deniers, la livre de cire 2 sols, les pois comme le froment, les poules 6 deniers, chaque poulet 3 deniers et trente neufs pour un sol, le tout en échange de ce que ladite dame avait dans la châtellenie d'Escorailles.

Astorg VIII mourut probablement entre le 21 mai et le 19 septembre 1353, car je trouve deux hommages rendus à Dauphine de La Tour, le premier le 21 mai 1353, par Catherine, veuve de Durand Dalzon, dans lequel elle n'est pas dite veuve, et le second le 19 septembre, même année, par Mathieu Cazal, et dans celui-là on lui donne la qualité de veuve.


Astorg IX

- Il rendit hommage à l'abbé Aymeric pour le péage des Prades et le château de Laroquevieille le 3 octobre 1353, preuve évidente que son père était mort cette année. L'hommage ne se rendait qu'à chaque mutation de seigneur ou de vassal ; le seigneur étant le même, il faut bien qu'il y ait eu un changement de vassal.

Le 24 septembre 1354, il convint, avec les consuls d'Aurillac, de nommer des arbitres pour fixer l'endroit où devait se percevoir le péage qu'il tenait en fief de l'abbé, aux Prades communes de la ville. Le 8 septembre 1357, il vendit, à Guillaume Rolland ; seigneur de Vieillevie, le domaine de La Condamine, parce que dit-il, dans l'acte, j'ai une fille nommée Dauphine, que je veux marier suivant sa condition, et que je n'ai pas d'autre moyen de lui compter une dot.

Cette fille était née de son mariage avec Marguerite de Cardaillac ; il paraît qu'il n'eut pas le bonheur de la marier. Il mourut en 1364 sans laisser d'enfants mâles, et les châtellenies de Conros, Labastide, Thinières et Laroquevieille passèrent à son frère puiné.


Aymeric ler d'Aurillac

- Tout ce qu'on peut dire de lui, c'est que de 1364 à 1375 il ne fit que battre monnaie avec sa mère, en vendant tantôt séparément, et tantôt conjointement les cens' et même les héritages dépendants de ses châtellenies.

Il avait épousé Marie de Thinières, dont il eut deux fils et une fille. L'acte suivant fera juger de l'état de sa succession. 13 août 1375, vente par Maîtres Pierre Vernière et Jean Chanut, consuls d'Aurillac ; Géraud de Tournemire, chevalier, seigneur de Tournemire ; Me Jean Pontier, notaire ; Astorg Bonefan, et Pierre Salvan, bourgeois d'Aurillac, exécuteurs testamentaires d'Aymeric d'Aurillac, seigneur de Conros et de Thinières, lesquels, n'ayant trouvé aucun meuble dans la succession dudit Aymeric pour fournir à sa sépulture, ont vendu à Bernard de Calsac, marchand, d'Aurillac, pour le prix de onze francs d'or, l'affar et pagésie qui lui avait été léguée par dame o5 Dauphine de La Tour, sa mère, tenue autrefois par Géraud Del¬Boigue, de la paroisse d'Arpajon, lequel affar est situé aux villages de Bolhac et de Puech-Arnal, et confronte, etc.

Astorg X succéda à son père Aymeric ler, et tint les châtellenies de Conros, Labastide et Thinières. Le 2 juin 1393, il rendit hommage à Henri, évêque de Clermont, des dimes, blés, nova les2, carnelages3 des villages de Carbonat, Labastide, Maussac, Arpajon, La Banhe, Baulhac, Desmolé, Coffin, Del-Cledier, de La Bosquetie, de La Molenairie, de La Robertie, de Carsac, de La Peyrusse supérieure et inférieure, du Cambon, de La Boigue, de Senilhes, de Taule, de Brozat, de Brozadel, Delmas-Delbos, de Morals et du Ver ; plus de la moitié de la dîme des villages de Lentat, del Vert, del Bosquet, de Camcor, de Conros, de Ganhac, de Crespiac, de Bornatel et de Jodergues, paroisse d'Arpajon ; plus des villages de La Ponetie, de l'Algairie, de Brozat, de Varadel, de La Calm, de Jodargues, de La Borie-d'Enjaime, de l'affar de Marmiers, de La Porcherie, paroisse d'Aurillac, et enfin des dîmes qu'il percevait dans les paroisses de Vezac, Prunet et Roannes.

- Il donna audit évêque une paire d'éperons d'or. Il était encore en Auvergne le 27 octobre 1398, puisqu'il y reçut un hommage de Jean de Montagnac, prêtre de Vezac. Mais il y a apparence qu'il n'y était plus le 28 octobre 1402 ; car, dans une vente consentie par N.-Jean de Cayrac, seigneur de Broussette, en faveur de Pierre Fortet, bourgeois d'Aurillac, des deux villages de Dousque supérieur et inférieur, on dit qu'ils relèvent des héritiers de Aymeric d'Aurillac, sans désigner quel est l'héritier actuel.

Le 12 juillet 1405 Jean Dalbars fut obligé de prendre des lettres du lieutenant du chancelier d'Auvergne, portant permission de faire assigner Aymeric d'Aurillac, frère d'Astorg X, pour se faire reconnaître certaines taille et rentes qu'il avait acquises en 1367. Et enfin, ce n'est qu'en 1497 que je trouve des actes dans lesquels Aymeric Il agit comme seigneur de Conros.

Il paraît qu'Astorg X n'était pas marié, et, qu'à l'exemple de plusieurs de ses ancêtres, il fut mourir en Palestine.


Aymeric II


Il eut pour successeur Aymeric II. Le premier acte dans lequel je le trouve mentionné comme seigneur de Conros et Thinières est un traité entre lui et N. dame Imberte de La Fabrie, veuve de Jean de Cayrac, seigneur de Broussette, et Me Vernini, bachelier en droit, patrons de trois chapellenies fondées par Guillaume Fabri dans la chapelle Sainte Madeleine de l'église Notre-Dame d'Aurillac. On voit, par cet acte, qu'Eustache Fabri et Pierre Vernini, héritiers de Guillaume Fabri, avaient acheté, d'Astorg d'Aurillac, 15 livres de rente à prendre sur le péage des Granges, mais qu'ils n'en étaient pas payés. Aymeric II s'oblige à leur rembourser 300 livres tournois,' pour le capital.

Le 20 février 1428 Aymeric Il donna à bail à Géraud Sabatier, Pierre Barte, Durand Revel, Géraud Négrier, Guillaume Lavigne et Jean Dellac, habitants du village de Carbonat, et à Durand Varet, du village de Vaurs, paroisse d'Arpajon, toutes les possessions et héritages vacants qui lui appartenaient dans les dépendances de Labastide, susdite paroisse, excepté le château et forteresse de Labastide et tout ce qui est compris dans l'enceinte des fossés, de même que le jardin dudit château, tant en dedans qu'en dehors desdits fossés ; lequel lieu de Labastide confronte avec les appartenances du village de Vaurs, avec les affars de La Condamine, de Valette, de Cavagnac, de Carnejac, de Carbonnat et de Maussac. J'ai cité cet acte, parce qu'il détermine l'emplacement de l'ancien château de Labastide. Le 15 mars 1431, devant Pradal et Capial, notaires, Aymeric Il fit son testament, dans lequel il institue pour son héritière générale et universelle Alix d'Aurillac, sa fille, et lègue cent écus d'or aux frères mineurs d'Aurillac, afin qu'ils prient Dieu pour le repos de son âme et de celle de sa femme. Il vivait encore cependant le 19 juillet 1440, puisqu'il reçut ce jour-là l'hommage de Pierre Fortet, marchand d'Aurillac, pour quelque censive sur le village de Lalo ; mais le 13 mai 1441 Flore d'Estaing, sa femme, prend la qualité de veuve.

C'est donc entre le mois de juillet 1440 et le mois de mars 1441 que mourut Aymeric II, dernier rejeton d'une race noble, fière et intrépide qui avait signalé son courage pendant trois cents ans au moins en Europe, en Asie et en Afrique.

En lui s'est éteint le nom d'Astorg, mêlé pendant trois siècles à tous les événements heureux et malheureux qui ont passé sur notre ville d'Aurillac.


S'il est vrai, comme l'assure une tradition constante, que les Astorg descendissent du neveu de saint Géraud, leurs intimes relations avec l'abbaye et la ville d'Aurillac remonteraient plus loin encore.

Mais, sans vouloir garantir cette tradition que je rapporte et à laquelle je crois, je n'en déplore pas moins l'extinction totale de la descendance masculine des Astorg d'Aurillac.

Dubouchet et autres généalogistes donnent aux Astorg le titre de baron et même de vicomte d'Aurillac ; j'ignore encore sur quels titres ils pouvaient appuyer cette prétention. J'ai sous les yeux le cartulaire de Conros, contenant 155 titres antérieurs à 1441, et les archives de la ville d'Aurillac en possèdent au moins trente autres antérieurs à cette époque, dans lesquels figurent successivement tous les membres connus de cette famille.

Or, dans un si grand nombre d'actes, ils ne sont jamais désignés que : Noble Astorg d'Aurillac, chevalier ou damoiseau, seigneur de Conros, Labastide et Thinières. Jamais on ne trouve d'autre titre ni dans les hommages qu'ils font, ni dans ceux qu'ils reçoivent, ni dans les contrats de mariage, ni dans les testaments. Donc ils n'étaient pas titrés.

Le nom d'Aurillac, qu'ils prenaient, leur donnait-il quelque juridiction sur la ville ? Pas le moins du monde. L'Abbé d'Aurillac était seul seigneur de la ville et ne relevait que du pape, à qui saint Géraud avait fait hommage de ses terres et de son abbaye. L'Abbé était donc seul justicier.

En 1274 il fit défendre au roi, par arrêt du Parlement de Paris, de tenir ses assises à Aurillac et dans aucune des terres de saint Géraud. Les dépendances de l'abbaye étant considérables, l'Abbé avait plusieurs viguiers chargés de rendre la justice en son nom. Les Astorg étaient ordinairement investis d'une de ces vigueries, et prêtaient, en conséquence, directement foi et hommage à l'Abbé en cette qualité.

Ces viguiers arrêtaient les criminels, les faisaient juger par un jury rassemblé à cet effet…,puis ils exécutaient eux-mêmes la sentence. Ainsi, en 1264 Astorg VI pendit, de sa propre main, un voleur nommé Bertrand Nicholaï.

Donc, arrière-vassaux de l'abbaye pour leurs fiefs, vassaux pour quelques possessions particulières et les offices de judicature qu'ils tenaient momentanément, ils ne pouvaient avoir la moindre juridiction personnelle dans une ville où ils ne possédaient rien.

Reste à déterminer quelle était l'étendue de leur tenure féodale. La chose est facile : il suffit de faire connaître en abrégé un de leurs hommages.

La châtellenie de Conros s'étendait de l'affar de Pierre Alquier à La Peyrusse, de là au chemin de Montsalvy à Prunet, de Prunet à La Capelle-en-Vezie, à Feydel, à La Caze, à Canhac, Maussac, La Calm-Mejane, Casillac, Volpilhac, Roanne, Belmon, La Croix-del¬Ract, Baradel, et de là à l'affar de Jean de Marone.

Sont compris dans ce périmètre : le château et le village de Conros, le Capmas ou affar de Jodergues, les affars del Bosquet, du Ver, de Ganhac, de Crespiac, de Bornatel, du Cambon, de La Bouigues, de Vaines, de La Grange, de Senilhes, de Brozac, de Brozadel, de Taule, de Morle, de Beteilhe, de La Roquatade, de La Fage, de St-Mari, de Palat, del Mas, de Flammarie, de Naudon, de Gladines, de Griffuelhe, de las Catusses ; les vigueries d'Arpajon ; les affars de Maussac, de Cère, de Bouillac, de La Fortunière, de Couffin-Haut, Despinet, de Salers et de Vezac ; les vigueries et l'affar d'Aurillac, et les affars de Calion et de Planhes. Tous lesdits affars situés dans les paroisses de Vic, Vezac, Arpajon, Prunet, Roannes et Aurillac.

La châtellenie de Laroquevieille renfermait, dans ses dépendances, le village de St-Martin ; les affars de Bargues, de Fonbouillen, de Cros, d'Alterines, de Prat, de Ginalhac, del Devez, de Brosse, de Talon, de l'Estang, dels Ongles, de Frelhuc, de Vercueyre, de Tidernac, de Chaule, de Carville, de Frégeville, le tout situé dans les communes de Laroquevieille, St-Cernin, St-Martin et Girgols.

Quant au château de Labastide, il était situé dans la paroisse d'Arpajon, sur le penchant du coteau entre Maussac et Carbonnat ; on en trouve encore quelques restes dans un taillis. Il était tenu, en 1305, par les chevaliers de St-Jean-de-Jérusalem.

Mais, que doit-on entendre par le mot affar ? Comme cette expression se rencontre surtout dans les aveux et dénombrements, dans les hommages, les inféodations et autres actes relatifs aux tenures féodales, je pense qu'on s'en servait pour exprimer les terres tenues en hommage par les tenanciers des vassaux et arrière-vassaux, les divers membres qui constituaient le fief, la châtellenie ; il pourrait venir du verbe affare, parler ; le vassal, en effet, devait la bouche et les mains.

Chacun de ces affars était donné à bail emphytéotique à plusieurs îi individus et nourrissait plusieurs familles. Ce ne serait pas exagérer, peut-être, que de dire que chacun pouvait, au besoin, fournir une lance, et, dans cette supposition, la châtellenie de Conros seule en aurait fourni environ quarante, et celle de Laroquevieille une vingtaine. Le château de Thinières était dans le Rouergue, et je ne puis en faire connaître l'étendue.

Alix d'Aurillac épousa, vers 1445, N.-Louis du Breuil, fils de Jean de Courcelle, chevalier, seigneur d'Aurouze ; ce qui est certain, c'est que le 8 mai 1449 ils rendirent tous deux foi et hommage à Bernard d'Armagnac, comte de La Marche et vicomte de Carlat, des châteaux de Conros et de La Bastide, et que le 17 août 1456, ils fournirent aveu et dénombrement à Jacques d'Armagnac, fils de Bernard.

A cette époque, Flore d'Estaing, mère d'Alix, était décédée, car son testament est à la date du 27 octobre 1447. Elle y lègue vingt écus d'or aux cordeliers d'Aurillac pour la fondation de trois messes annuelles avec absoute, et six écus d'or pour une rente de trois quarts d'huile pour le luminaire de la chapelle de Notre-Dame, fondée par elle et son mari dans ladite église. Alix d'Aurillac mourut vers 1464, laissant un fils nommé Louis, qui hérita de ses biens.

Louis de Courcelle, fils d'Alix, eut de longs procès avec les prêtres de la communauté d'Aurillac. Il résulte, d'un accord passé entre eux le 23 juillet 1465, qu'il avait déjà épousé Isabeau de Langeac, dont il n'eut pas d'enfants ; il la fit son héritière, et elle se remaria peu après à N.-Jean d'Urfé.

Jean d'Urfé

- Il résulte d'un acte reçu Me Barrani, prêtre et notaire, le 17 janvier 1477, que la terre de Conros, que l'on appelle dans cette acte baronnie de Conros, était saisie et mise sous la main du roi depuis 1474, sans doute par suite des prétentions de Jean d'Estaing, frère de Flore d'Estaing, mère d'Alix d'Aurillac ; il semble aussi qu'à cette époque Jean d'Urfé, qualifié dans l'acte seigneur d'Aurouse, avait déjà épousé Isabeau de Langeac. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'en 1483 il plaidait avec les tenanciers de la châtellenie pour les obliger à faire le guet au château de Conros.


Jean d'Urfé II

- Je trouve, en l'année 1501, dans le cartulaire de Conros, une foule d'hommages rendus à Jean d'Urfé ; peut-être doit-on en conclure qu'Isabeau de Langeac avait eu, de son second mariage avec Jean d'Urfé ler, un fils qui leur aura survécu et succédé ; mais, si cela est, il n'aura pas vécu longtemps, car, à la date du 7 septembre 1506, je trouve un arrêt du Parlement de Paris, confirmatif d'une sentence du baillage d'Aurillac obtenue par messire Jean d'Urfé et Isabelle de Langeac, et qui condamnait les habitants de Vezac, Lalo, Carsac, Loumole, Maussac, Le Garric, Le Fajanel, Couffin, Vaurs, Brozat, Brozadel, Saletz, Dousque et Garric, à venir chaque mois faire pendant une nuit le guet au château de Conros.

Cet arrêt a été obtenu par François d'Urfé. Le 7 novembre même année, devant Clerici, notaire, acté d'acquiescement et de reconnaissance du droit de guet, consenti à messire François d'Urfé, et, deux jours après, le 9 novembre 1506, procès-verbal d'exécution dressé par Palat, lieutenant particulier. Je n'avais nulle part ce François d'Urfé signalé comme fils de Jean et d'Isabeau de Langeac ; mais, il faut bien qu'il leur ait succédé, puisqu'il fait ainsi acte de propriété et de seigneurie. Quoiqu'il en soit, il paraît que la postérité mâle s'éteignit, puisqu'elle passa presque immédiatement à Isabeau d'Urfé, épouse de N.-Gabriel de Groslée.

Gabriel de Groslée. - Le 9 octobre 1509 il reçut l'hommage d'Antoine Delbac, du lieu de St-Cirgues. Il paraît qu'Isabeau d'Urfé, sa femme, mourut jeune, lui laissant deux fils, Morand et Imbert de Groslée.

Morand et Imbert de Groslée, héritiers d'Isabelle d'Urfé, jouirent peu de temps de la châtellenie de Conros. On ne trouve que deux actes dans lesquels ils soient mentionnés ; d'abord la nomination et présentation par eux faite de Maître Jean Dulaurens pour la cure ou vicairie perpétuelle de l'église Saint-Michel du Montal, paroisse d'Arpajon, à la date du 30 décembre 1512 ; puis des lettres royales, à la date du 22 janvier 1513, portant ordre aux justiciables de la châtellenie de venir faire le guet au château de Conros. Peu après ils vendirent cette terre à Pons de Gontaud, baron de Biron.


Gontaud-Biron


Pons de Gontaud-Biron nomma, le 20 juillet 1515, Hugues Delserieys desservant de la chapelle Saint-Blaise d'Arpajon. Les 2 et 10 août suivant il reçut plusieurs hommages, comme seigneur de Conros. II eut pour successeur Jean de Gontaud, qui nomma Antoine Lafon desservant de la chapelle Saint-Nicolas de Conros le 18 janvier 1554. Jean de Gontaud vendit, en 1556, la terre de Conros à Rigaud de St-Martial, originaires de Saint-Cirgues du Laurier et de Drugeac en Limousin, au prix de 25,000 livres.


Saint-Martial

Le premier soin de Rigaud de Saint-Martial, après l'acquisition de Conros, fut de demander et d'obtenir des lettres-patentes, datées d'Amboise au mois de mars 1559, qui accordent à Arpajon un marché le mercredi de chaque semaine et deux foires par an : la première le lundi après le dimanche de la Passion, et la seconde le 24 août de chaque année.

Rigaud de Saint-Martial avait épousé Françoise de Puydeval, femme d'une grande vertu et d'un courage au-dessus de son sexe.

En 1570 les protestants du pays, sous la conduite d'Antoine de Pouzols, seigneur de Fabrègues, s'étant, en l'absence de son mari, emparés par surprise du château de Conros qu'ils pillèrent de fond en comble, elle assembla ses amis et ses vassaux, et réussit à les en chasser. Rigaud de St-Martial mourut vers 1576 ; Françoise de Puydeval, sa veuve, administra elle-même sa succession, d'abord en l'absence de Gilles de St-Martial, son fils aîné, qui fut tué à Anvers en 1582, puis pendant la minorité du plus jeune. »....

Un mot encore avant d'abandonner les Astorg pour citer M. René Monboisse dans un exposé qu'il a fait sur le couvent des Cordeliers (Notre Dame aux Neiges) : «En 1324, Astorg VIII d'Aurillac a élu sa sépulture dans une chapelle qu'il a fait construire à l'intérieur de l'église. Il lègue 50 Livres tournois au couvent ainsi qu'à chacun des frères qui seraient présents lors de son enterrement. Il a demandé à être inhumé en robe de bure.

Les religieux ont par ailleurs bénéficié d'une rente assise sur le péage de Conros ». Revenons à la lignée des Saint-Martial, ancêtres de mon épouse

Jean de Saint-Martial, gentilhomme de la Chambre du Roi Henri III (attestation 5 Mai 1581), épouse en 1993 Françoise de Saint¬Chamand.

Henri de Saint-Martial de Puydeval Baron d'Aurillac, Conros, Montai, Labastide et autres lieux, gentilhomme de la Chambre du Roi Louis XIII (1623) commande une compagnie de chevaux-légers en 1620. Il épouse en 1615 Marie de Cosnac.

Henri II de Saint-Martial épouse en 1654 Jeanne de Pompadour. Charles de Saint-Martial épouse Marie Dufayet. Louis de Saint-Martial, Capitaine au Régiment d'Anjou, en 1694 sous Louis XIV, épouse en 1690 Gabrielle de Broquin (Ganhac)

Pierre-François de Saint-Martial, chevalier,seigneur, marquis de Conros, Baron d'Aurillac, Major au Régiment de Broglie Cavalerie en 1743, sous Louis XV, épouse en 1732 Charlotte de Lignerac.

Charles-Joseph de Saint-Martial épouse en 1752 Louise Angélique de Combarel de Gibanel.

Je vous citerai deux textes qui évoquent des évènements de la vie quotidienne à Conros en l'année 1771

Tout d'abord un acte signé par le Prince de Monaco : le 11 Septembre 1771 : « Charles-Joseph de Saint-Martial de Conros, Baron d'Aurillac, achète la terre de la Besseyrette ».... L'acte est signé par Honoré Grimaldi, Prince de Monaco, Marquis des Baux. Vous savez, en effet, qu'en 1641, Louis XIII avait donné le comté du Carladez à Honoré Il, prince de Monaco.


D'autre part dans une conférence publiée dans le bulletin de Photothèque et Archives Cantaliennes « Enluminures 4 » de 1996, M. René Monboisse raconte que, dans l'hiver 1771, le Conseiller au Parlement de Paris, Robert de Saint-Vincent, exilé par ordre du Chancelier Maupeou est reçu à Conros. D'après son récit, M. de Saint-Vincent remarque que l'on sert quantités de poisson pêchés dans la Cère, « très large et abondante rivière qui coule au bas du château » : saumons, tacons (petits saumons), brochets énormes, carpes,... Les viandes proviennent de sangliers et grosses bêtes tuées dans la forêt de Conros

Charles-Joseph et Louise de Saint-Martial ont cinq enfants

Pierre-François de Saint-Martial, Capitaine au Régiment des Cuirassiers du Roi Louis XVI, en 1778. Député à l'Assemblée Constituante en 1789.

Louis de Saint-Martial, Député du Cantal à la Chambre des Députés sous Charles X. Son correspondant à Aurillac est Monsieur Guillaume Laval.

Marie Françoise Geneviève de Saint-Martial épouse Pierre¬François d'Humières.

Leur fils Guillaume d'Humières épouse Marie Françoise Geneviève de Pestels-La Majorie qui hérite de Conros en 1838 de son oncle Louis de Saint- Martial.

Ainsi le château de Conros «deviendra d'Humières» en 1838 et le restera jusqu'en 1971, date à laquelle il «deviendra Mongon»


d'Humières

Je ne reprendrai pas toute la généalogie des d'Humières et vous engage, si vous vous y intéressez, à consulter les excellentes brochures rédigées par Charles d'Humières qui font la synthèse des recherches faites depuis de nombreuses années par la famille et par des spécialistes de la région de Millau. La famille est, en effet originaire de Millau puis de Conques. Je ne citerai que certains personnages qui sont particulièrement remarquables ou directement liés à Conros Pierre d'Olmières (1286) drapier et Consul de Millau, Georges d'Olmières, Président au Parlement de Toulouse (1521), Guyon d'Humières épouse Hélix de Sadour à Conques en 1521.

En 1706, Rose d'Humières, unique héritière de la branche de la Souquairie, épouse à Conques son oncle Dominique d'Humières qui s'était installé à Loubéjac en Carladès. Rose et Dominique eurent dix enfants ; elle mourut à Conques.

Guillaume d'Humières, leur fils, né à Conques le 24 Novembre 1712, fut Lieutenant Colonel au Régiment d'Orléans-Dragons. Il fut acquéreur de la Châtellenie de Marcolès en 1758 et reconstruisit le château qui devint le centre familial.

Son fils Pierre-François Joseph d'Humières épousa Marie¬Françoise-Geneviève de Saint-Martial, sueur de Louis, dernier Saint-Martial de Conros. Guillaume d'Humières, leur fils, né à Conros, le 26 décembre 1777, mourut en 1815. Sa femme Marie-Françoise d'Humières, née Pestels-La Majorie hérita de Conros à la mort de Louis de Saint¬Martial en 1838.

En 1840, elle fit le partage de ses biens entre ses trois fils Joseph eut les châteaux de La Majorie et de Montfort, Paul eut le château de Marcolès, Eugène, marié à Anna de Dampierre eut le château de Conros, où ils vécurent jusqu'en 1890.

Eugène et Anna d'Humières eurent dix enfants. L'ainé Aymeric épousa Norah Kelly. De 1894 à 1911, Conros fut habité par la famille Frayniac.

Le fils d'Aymeric et de Norah d'Humières, Robert d'Humières, né à Conros en 1868, et son épouse Marie de Dampierre, firent des transformations heureuses à Conros, en particulier dans la salle des gardes. Philosophe, écrivain et poète, il fut un grand voyageur et traduisit les oeuvres de Rudyard Kipling (Le Livre de la Jungle, etc...) et de Conrad. Il fut tué à Ypres, le 15 Avril 1915, au service de la France. Robert et Marie eurent trois enfants. Leur dernier fils René hérita de Conros.

De 1920 à 1939, Conros fut habité par la famille Delavenne.

La belle-fille de Robert d'Humières, Jacqueline d'Humières, épouse de René d'Humières et mère de Maud d'Humières, actuelle propriétaire de Conros, est, depuis 1939, toujours aussi passionnée de Conros.

En 1958, Maud d'Humières épouse Alain Mongon. Nous avons quatre enfants : Emmanuel, Hubert, Valérie et Thibaut. Les jeunes ménages Mongon nous donnent la joie d'avoir trois petits-enfants.

En 1971, nous prenons la courageuse décision de restaurer le Château de Conros, patrimoine architectural de la ville d'Arpajon¬sur-Cère, et de le consacrer à des fins familiales, artistiques et culturelles.

Mongon

Les noms « Mongon » et/ou « Montgon » sont ceux d'un affluent de La Truyère sous le viaduc de Garabit, d'un village et d'un château près de Grenier-Montgon dans la vallée de l'Allagnon, d'un évêque de Saint-Flour... C'est donc un nom auvergnat !

Pourtant je suis né à Saint-Malo, la patrie des corsaires d'une mère bretonne et d'un père parisien d'origine de Reims et de Lorraine.

Notre famille Mongon est-elle originaire de la vallée de l'Allagnon ? Ceci nous a été dit mais reste à prouver. Admettons-le ! En épousant Maud d'Humières, je réécrivais, sans le savoir, l'histoire vieille de cinq cents ans de Louis de Courcelle seigneur d'Aurouze de la vallée de l'Allagnon qui épousait, en 1445, la dernière descendante des Astorg d'Aurillac, seigneurs de Conros

Depuis des générations, les Mongon sont ingénieurs, marins, commerçants, juristes…,Je suis, moi-même, ingénieur et c'est, je crois, ce qui m'a aidé à relever le défi de la restauration et de l'animation de Conros. L'amour que j'ai pour mon épouse Maud et mes enfants qui ont cette maison dans leur sang depuis près de cinq cents ans m'a aidé à Quitter la côte bretonne et mon bateau pour adopter de façon définitive Conros, Arpajon et le Cantal.

Parents et enfants Mongon, chacun avec son intelligence, ses capacités et son savoir-faire, ont participé activement, en étroite collaboration avec les entreprises locales à la restauration et à l'animation de Conros. Tous ceux qui suivent nos travaux et nos réalisations depuis 28 ans le savent bien.

Je saisis cette occasion pour remercier tous ceux qui nous ont aidé à réaliser cette oeuvre admirée par tous aujourd'hui.

La restauration de Conros nous a demandé beaucoup de renoncements, de courage et de coeur. Mais une soirée comme celle-ci où nous partageons avec vous la passion et l'animation des vielles pierres nous récompense de tous nos efforts.

Je vous remercie. Alain Mongon


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