Informatique et transsubstantiation

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Par Edouard Bouyé, ancien pensionnaire de la Fondation Thiers, et directeur des Archives départementales du Cantal.


Des ordinateurs anthropomorphiques

Le perfectionnement des techniques informatiques et leur couplage à celles de la robotique ont fait apparaître, pour parler des ordinateurs, de véritables métaphores anthropomorphiques. Cela fait déjà longtemps que l’on parle, pour le dialogue avec l’intelligence artificielle conçue par l’homme, de la convivialité et de l’interactivité que permet une interface adaptée. Les ordinateurs reçoivent à leur fabrication un système, complété par des logiciels configurés, qui leur permettent de produire des fichiers, de même que la culture de l’homme prend sa nature pour substrat. Le bogue est une maladie congénitale, que doit opérer un chirurgien-programmateur, tandis que le virus est contagieux. Des systèmes d’anticorps permettent de réparer les effets du virus ; des antivirus, vaccins nécessitant des rappels, conçus par des spécialistes en informatique, renforcent la protection naturelle ; de plus en plus perfectionnés, ils s’adaptent aux variétés nouvelles et malignes des virus. La terreur de la contagion, alimentée par des rumeurs alarmistes souvent eux-mêmes porteuses de virus, se répand comme celle des maladies contagieuses qui terrorisent le monde depuis la nuit des temps. Un ordinateur, comme un homme, peut être à la mode, dépassé, voire impropre à accueillir les nouveautés ; quand il montre des signes de fatigue, on peut lui greffer une pièce de remplacement, augmenter sa puissance par un traitement de choc. Il peut être allumé (réveillé), éteint (endormi), ou dans un état intermédiaire de veille. Il faut l’alimenter car ses réserves ne durent pas, mais sans excès, car une brutale hausse de tension peut lui être fatale. Il faut aussi le rafraîchir lorsqu’il est altéré, le régénérer lorsqu’il est fatigué. Lorsqu’il rame, hoquète, montre des signes de fatigue, il est pris à partie, parfois violemment, par l’utilisateur. Hors de ces moments de crise, on lui parle, on l’encourage, on en fait son compagnon – parfois en utilisant un vocabulaire à fortes connotations sexuelles de domination  ; parfois il est un enfant de substitution, auquel on prodigue toutes sortes de soins matériels .

Sa mémoire est formée de plusieurs couches : mémoire vive, mémoire dormante ; prenant de l’âge, il peut connaître la maladie d’Alzheimer, puis il meurt rapidement – car son espérance de vie est courte – et vient retrouver ses congénères à peine plus âgés dans les cimetières informatiques, où l’on passe en souriant, dans les caves des administrations, non sans penser que la préhistoire des ordinateurs est bien récente, et que l’évolution a été rapide. L’anthropomorphisme des ordinateurs se double de celui des robots, naguère automatisés, aujourd’hui informatisés : le corps de l’androïde se voit insuffler une âme, intelligence artificielle qui lui permet de s’adapter et d’optimiser son travail.

Le miracle de l’informatique en réseau

Mais voici que, depuis les années 1960 pour les prototypes, et les années 1990 dans le grand public, les ordinateurs se mettent en réseau, et qu’ils peuvent dialoguer entre eux. L’ordinateur anthropomorphique, compagnon de l’usager, devient son porte-parole, presque son double ; en pratique, ce sont les ordinateurs, non les correspondants, qui se parlent. Bientôt, les informations échangées ne sont plus seulement des chiffres et des lettres, mais des images (fixes et même animées) et des sons : c’est le passage de la graphosphère au cybermonde multimédia. L’hypertexte (concept inventé en 1965 par Ted Nelson), bientôt enrichi de documents multimédia, devient un hyperdocument ; le réseau de communication entre tous ces hyperdocuments devient le Web. Le monde est virtualisé, presque (car l’information numérique a toujours besoin d’un support physique) dématérialisé, transmis, connu, désiré, rêvé, grâce aux miracles de l’informatique. Car c’est bien d’un miracle qu’il s’agit. La métaphore filée de l’ordinateur anthropomorphique se double bientôt d’une métaphore transsubstantiationnelle de l’informatique.

Le miracle de la transsubstantiation

Cette dernière métaphore se file organiquement, sans idée préconçue, sans que le milieu où s’est développé l’Internet et la pensée cybernétique soit particulièrement catholique. Au contraire : si l’on pense aux milieux militaires américains, ou aux campus de la côte Ouest dans les années 1960, on ne trouve aucun indice qui puisse rattacher le cybermonde à la théologie catholique de l’Eucharistie.

Celle-ci s’est développée dans l’Europe chrétienne du XIIIe siècle. Après le quatrième concile du Latran, la réflexion d’un Thomas d’Aquin a abouti à préciser la formulation du dogme. Officiellement, il est demeuré inchangé. Mais, dans la pratique, comme le montrent périodiquement des enquêtes d’opinion, la foi en la transsubstantiation n’est plus partagée que par une partie des fidèles. Ce dogme est exprimé de manière à la fois orthodoxe et poétique dans la séquence latine du Lauda Sion, parfois attribuée à Thomas d’Aquin, et qui était chantée avant l’Evangile de la messe du Très Saint Sacrement, fêté le jeudi après l’Octave de la Pentecôte depuis les années 1260. Cette fête, bientôt étendue à l’Eglise universelle, avait pour objectif de manifester la foi en la présence réelle du Christ, rendu présent par le ministère du prêtre, sous les espèces du pain et du vin. La séquence chantée résume pour les fidèles les principaux points de doctrine de ce sacrement.

Une nouvelle appréhension de la réalité

De même que la substance du pain et du vin est transformée en corps, âme et divinité de Jésus-Christ, la réalité du monde, ou son image analogique, est dématérialisée et numérisée, réalisant les vieux rêves leibniziens de combinatoire universelle. Le monde est transformé en train de bits, alternance codée de 0 et de 1, réduction de la réalité complexe en mode binaire élémentaire. Le pain et le vin deviennent quant à eux les réceptacles de Jésus-Christ (totus Christus), et avec lui, de la Trinité toute entière : les espèces du pain et du vin, codées en mode trinitaire par le ministère du prêtre, contiennent Dieu tout entier.

C’est que, « sous des espèces différentes, qui sont des signes et non des choses, se cache une réalité éminente » (sub diversis speciebus, signis tantum et non rebus, latent res eximiae) : l’information numérique, simple codage de signes, arrive à reconstituer la réalité du monde sur les écrans, les téléphones portables ou les télévisions. La multiplicité des points de vue sur tous les sujets donne à l’internaute le sentiment – ou peut-être l’illusion ? – de connaître le monde dans sa complexité ; la vogue croissante des blogs et des wiki en est la preuve. Les moteurs de recherche les plus puissants, dont l’utilisation est accessible à de très jeunes internautes, ne permettent d’accéder qu’à environ 10 % de l’information disponible sur le Web ; au reste de l’information, on ne peut parvenir que par des chemins plus ardus. On peut considérer que nul être humain ne pourra, en pratique, faire le tour des milliards de pages Web théoriquement disponibles. De même le fidèle ne pourra-t-il jamais, sur cette terre, faire le tour du mystère insondable de la transsubstantiation. Depuis le pontificat de Pie X, on permet aux petits enfants de faire leur première communion très jeunes, dès qu’ils ont compris que le pain et le vin sont le corps et le sang du Christ. Mais cette compréhension du mystère dans la foi est évidemment bien loin d’épuiser tous les aspects de ce mystère.

En se dématérialisant, le monde réel change de substance : « voici le dogme donné aux Chrétiens : le pain se change en chair, et le vin en sang » (dogma datur Christianis : quod in carnem transit panis et vinum in sanguinem). La dématérialisation est l’autre nom de la transsubstantiation. Mais le « Christ demeure entier sous chacune des espèces » (manet tantum Christus totus sub utraque specie), de même que le monde virtuel est actualisable grâce à une imprimante : une photographie redevient photographie, une page de texte redevient une page de texte.

Le monde virtuel est « encapsulé » dans ce qu’il est désormais convenu d’appeler des métadonnées, sortes d’informations sur l’information, et qui en permettent diffusion et conservation. De même la métaphysique permet-elle de s’élever au-dessus de la matière, de réfléchir à ses causes et d’aider le fidèle à rendre compte rationnellement des mystères du Christ. Autant cette Incarnation est-elle la manifestation de la transcendance divine, autant le moteur de l’informatique est-il immanent, puisqu’il met l’humain en présence de lui-même. Comme l’écrit Pierre Lévy, l’informatique « fut un mouvement social visant la réappropriation au profit des individus d’une puissance technique jusqu’alors monopolisée par de grandes institutions bureaucratiques » ; et, poursuivant : « Internet est un des plus fantastiques exemples de construction internationale, l’expression technique d’un mouvement parti d’en bas, constamment alimenté par une multitude d’initiatives locales » .

Flux et stock

L’information numérique peut se diffuser partout, en quelques secondes, dans son intégralité, sans être altérée ni morcelée. Ce n’est pas un papier que l’on recopie (avec un risque d’erreur), que l’on photocopie ou que l’on faxe (avec les imperfections visuelles qui accompagnent ces opérations), que l’on divise en deux. De même, le « pain de vie » (panis vivus) n’est pas « coupé, ni rompu ni divisé » (non concisus, non confractus non divisus) ; celui qui le reçoit (sumente) le reçoit entièrement (integer accipitur) ; « souviens-toi que le fragment abrite autant que le tout » (memento tantum esse sub fragmento quantum toto tegitur). « Elle est seulement en signe, la fracture qui ne diminue ni l’état ni la taille de ce qui est désigné » (Signi tantum fit fractura, qua nec status nec statura signati minuitur). La fraction du pain n’enlève ni qualité ni quantité à l’hostie ; la duplication indéfinie des fichiers ne les modifie en rien : l’information numérique comme le corps du Christ sont toujours identiques.

Que l’hostie soit grande ou petite, qu’elle soit entière ou fractionnée, elle contient la même réalité transcendante ; de même, la taille de l’écran importe peu, sinon pour un confort de lecture, et l’on peut lire les mêmes informations sur un écran géant, un écran de 17 ou 19 pouces, un palm ou un téléphone portable.

Si l’hostie est conservée longtemps dans le tabernacle, pain azyme a priori préservé d’une corruption trop rapide, le sang du Seigneur est tout entier consommé par les ministres du culte (voire par les fidèles) avant la fin de la messe, suivant là l’interdiction tridentine de conservation du Précieux sang après la messe. De même certains fichiers, s’ils ne posent pas de problèmes à leur arrivée, ne peuvent pas se stocker très longtemps. La corruption des supports ou l’obsolescence des logiciels interdisent de les conserver en l’état. Ils sont incorporés à d’autres, régénérés, dissous. Le flux d’informations comme le Précieux sang ne sont pas propices à la conservation. Car l’information numérique n’est pas seulement un flux : elle nécessite aussi du stockage. La disquette carrée est en voie d’extinction. Restent les disques : disques durs, CD-ROM (Gold ou Silver), DVD, et toute la gamme de ces objets ronds, plats et clairs, indispensables à la conservation de l’information. L’hostie blanche et ronde, avant la consécration, est du pain ; il faut une opération de gravure pour remplir le disque d’informations. Opération qui ne transforme pas l’aspect physique du disque : seul le truchement de la technologie permet de lire les informations contenues, de même que seuls les yeux de la foi autorisent à prétendre que l’hostie n’est plus du pain, mais le corps du Christ. Dans le disque de pain, d’or ou d’argent « se cache une réalité éminente » (latent res eximiae).

Mystère et facilité

Sous réserve d’avoir à sa disposition un ordinateur (qui n’a plus besoin d’être l’ordinateur attitré et sa mémoire fixe) et d’une bonne connexion, chacun peut, en tout point du globe, accéder aux mêmes informations, de même que les prêtres catholiques, dûment ordonnés et en communion avec leur ordinaire, peuvent validement célébrer la messe et faire descendre le Christ sur la terre, une nouvelle fois : « ce que le Christ fit durant la Cène, il nous ordonna de le faire en mémoire de lui » (Quod in coena Christus gessit, faciendum hoc expressit in sui memoriam). Le corps sacerdotal et celui des informaticiens sont strictement hiérarchisés, et l’on a pu dire que Bill Gates était le pape de l’informatique. Il y aussi, dans le cybermonde, des schismatiques qui ont développé leurs produits, et refusent le monopole de Microsoft. Les logiciels libres ressemblent à ceux de la célèbre firme américaine, mais avec des différences et une certaine liberté de développement, tout comme les églises dissidentes développent leurs spécificités rituelles ou disciplinaires.

La Messe, renouvellement non sanglant de l’unique sacrifice de la Croix, est célébrée sans souffrance, sans effusion de sang, sans effort : les paroles sacramentelles et la volonté du ministre suffisent à produire l’effet voulu. De même l’internaute fait-il venir facilement à son écran des textes engendrés dans la douleur par des intellectuels parfois pourchassés à cause de leurs opinions ou taraudés par les angoisses de la page blanche, des images capturées avec peine, des œuvres d’art ayant donné à leurs auteurs du fil à retordre, des pages numérisées par des opérateurs exténués de cette opération répétitive.

Dans la doctrine catholique classique du sacerdoce et de l’Eucharistie, le prêtre est séparé des fidèles par la prérogative sacramentelle. Les fidèles reçoivent, participent, servent à l’autel, mais ne peuvent consacrer les espèces, par les paroles performatives naguère prononcées en latin et à voix basse. De même les informaticiens forment-ils un corps sacerdotal entouré de mystère, avec sa langue souvent abstruse, ses manipulations incompréhensibles des utilisateurs profanes, mais performantes. Les informaticiens, seuls capables de pénétrer les arcanes des systèmes informatiques, sont comme les exégètes autorisés des mystères catholiques. L’utilisateur ne sait pas au juste comment fonctionnent ces réseaux, sinon par des métaphores parfois simplifiées à l’extrême (cf. Internet pour les nuls) : « ce que tu ne comprends pas, ce que tu ne vois pas, une foi ardente te l’assure, par-delà la nature des choses » (quod non capis, quod non vides, animosa firmat fides prater rerum ordinem). Il ne manque à l’internaute, pour l’appréhender, que les sens du goût et de l’odorat, car l’ouïe, la vue, voire le toucher (écrans tactiles) sont sollicités. Le fidèle qui reçoit l’hostie voit solliciter tous ses sens : elle entre en contact tactile avec son corps, il la voit, la mange, pourrait la sentir et entend celui qui lui donne prononcer à chaque fois une formule rituelle (naguère « Corpus domini nostri Jesu Christi custodiat animam tuam in vitam aeternam »).

Usages

Consommer une information, ce n’est pas la détruire, car elle peut être conservée en mémoire et réutilisée malgré sa nature volatile : « une fois reçue elle n’est pas entamée » (nec sumptus consumitur). Le Corps et le Sang du Christ sont donnés en nourriture, « à la table de la sainte Cène » (in sacrae mensa coenae), de même que les internautes, déroulant leurs menus, choisissent de télécharger les textes, les images et les sons qu’ils veulent incorporer à leurs disques durs. Le téléchargement est la manducation appliquée à l’ordinateur.

Mais l’hostie ne doit pas être seulement consommée ; elle peut aussi être adorée. Le pape Clément IV, qui institua en 1264 la fête du Corpus Domini, avait une dévotion eucharistique particulière. On peut voir encore, dans une châsse-ostensoir, l’hostie miraculeuse de Bolsena (Italie, Latium) : c’est cette hostie saignante du miracle eucharistique de 1263 qui avait déterminé le pape à développer le culte du Saint-Sacrement. Au cours d’un salut du Saint Sacrement, l’hostie, placée dans un ostensoir brillant, symétrique et vertical posé sur l’autel, reluit comme l’image sur l’écran rutilant de nos tables de travail. Les chandeliers brillent autour de l’ostensoir, comme les baffles autour de l’écran, pour redire le chant du monde. Et l’on regarde en silence la même image sacrée et salvifique : les fidèles agenouillés ensemble dans l’église, les internautes assis chacun à leur table. Une fois l’hostie ôtée de l’ostensoir et remise dans le tabernacle, seule une lampe allumée montre au fidèle la présence cachée (derrière la porte) du Christ, de même que la lumière de l’écran en mode veille, discrète dans le soir de la journée de travail, montre que toutes les possibilités informatiques sont pour l’instant au repos et virtuelles, mais qu’un geste suffirait à les actualiser.

Les mystiques abîmés dans l’adoration eucharistique au point d’en oublier l’heure ressemblent à ces passionnés d’informatique, capables de rester de longues nuits devant l’écran qui brille. L’esprit des adorateurs peut se fixer sur Jésus-hostie et ses mystères, comme il peut vagabonder, allant d’une idée à l’autre, du profane au sacré et inversement ; l’internaute peut être un chasseur qui poursuit une proie sans se laisser distraire, ou un butineur passant d’un lien à l’autre, au gré de ses goûts et en suivant les sites ou les liens les plus attirants. L’attitude commune est une attitude d’écoute : l’internaute reçoit des messages, découvre des informations qu’il a cherchées ou non ; l’adorateur du Verbe fait chair écoute Dieu parler à son cœur.

L’information numérique circule pour le meilleur et pour le pire : « les bons le prennent, les mauvais le prennent, mais c’est pour un sort différent : la vie ou la mort » (sumunt boni, sumunt mali, sorte tamen inaequali : vitae vel interitus). Pain de vie ou hostie de mort : « mort pour les méchants, vie pour les bons » (mors est malis, vita bonis). Informations utiles, permises, admises ; informations taboues, bannies, condamnées (nazisme, pédophilie, esclavage). Les profanateurs d’hostie, qui les utilisent pour leurs messes noires, annoncent les hackers et leurs noirs desseins, craquant les codes, décryptant les algorithmes, semant la panique dans les systèmes, répandant virus et désolation dans les réseaux.

Jusqu’aux extrémités de la terre

« Pain des anges » (panis angelorum), qui circule dans les airs et les ondes, « nourriture des voyageurs » (cibus viatorum), internautes nomades qui trouvent en tous les points du monde (même le Massif Central est presque entièrement doté de l’ADSL !) de quoi assouvir leur soif d’information. De même que les sacrements sont des canaux de la grâce, de même des autoroutes portent-elles partout l’information. Un internaute isolé peut mettre à la disposition du monde, en un instant, une information inédite, une idée géniale, un scoop qui fera immédiatement le tour du globe.

L’information qui circule sur les réseaux peut être lue par un seul correspondant ou consultée par des millions d’internautes : « un seul le prend, mille le prennent : ces derniers ont autant que le premier » (sumit unus, sumunt mille, quantum isti tantum ille). Adresser un message électronique à un correspondant coûte le même prix et requiert le même geste que de l’envoyer à mille internautes.

Le dogme de l’Eucharistie comme l’Internet se sont développés dans le cadre occidental, avec l’alphabet latin et les chiffres arabes que les latins avaient depuis longtemps faits leurs. De même que la question des rites chinois agita le pontificat de Pie XI (1922-1939), les problèmes techniques liés à l’extension d’Internet en Europe orientale et en Asie mobilisa, à partir de 1993, les efforts d’un consortium international, concile œcuménique des principales firmes informatiques. Les caractères ASCII, sorte de nouvel Ordo missae tridentin, s’enrichirent ainsi des caractères cyrilliques et chinois. Le format Unicode, comme le latin d’Eglise, permet de faire dialoguer toutes les langues du monde.

En moins de temps qu’il ne faut pour allumer l’ordinateur, se connecter et cliquer à l’endroit voulu, le prêtre, quelque soit son indignité, sa solitude, sa détresse et sa simplicité peut prononcer, autant de fois qu’il le souhaite, les paroles performatives de la consécration (dans le Canon romain : « Hoc est enim corpus meum », « Hic est enim calix sanguinis mei ») qui convertissent le pain et le vin en corps et sang du Christ, « sous les deux espèces » (sub utraque specie). Les paroles semblent simples, mais le prêtre doit néanmoins respecter les prescriptions des rubriques et les détails du rituel, pour que le sacrement soit valide ; l’utilisation d’un ordinateur semble un jeu d’enfant, mais il faut prendre garde aux fausses manœuvres, aux respects des normes ISO qui corsètent les procédures et à la « netiquette » régissant les communautés virtuelles. On retrouve cette même simplicité, alliée avec une exigence de rigueur, lorsque l’on recherche, par exemple, un texte de loi sur Internet. Il suffit de taper les références de ce texte officiel dans un moteur de recherche pour faire venir à soi la lettre de la loi.

Dans certains missels des fidèles en usage avant 1965, une carte des fuseaux horaires permettait au fidèle de savoir à toute heure du jour en quel point du globe la messe matinale était célébrée ; il pouvait ainsi pieusement s’y associer par la prière, en vertu du dogme de la communion des saints. Dans le cybermonde, ce dogme a nom téléprésence: la communication informatique, les fichiers partagés, expédiés, dupliqués, permettent en théorie à toute l’humanité, pourvu qu’elle ait accueilli la Bonne Nouvelle de l’informatique, de partager la même information sans être physiquement rassemblée. Celui que le Ciel ne peut contenir, Celui que l’intelligence de la foi ne peut appréhender tout entier ici-bas, vient s’enfermer dans un peu de vin et un simple disque de pain (et il a impérativement besoin de ce morceau de pain et de cette coupe remplie de vin), tandis que tout ce que la terre est susceptible de produire peut venir s’enfermer dans n’importe quel disque dur ou d’or (et a impérativement besoin de ces supports physiques pour que le flux devienne stock et se fixe) ; le cybermonde, infini en pratique (car une intelligence humaine n’a pas le moyen d’en faire le tour), tient dans des volumes de plus en plus restreints.

La Cène primitive réunissait « le groupe fraternel des douze » (turbae fratrum duodenae) ; mais le « bon pasteur » (bonus pastor) qui « fait paître ici-bas les mortels que nous sommes » (qui nos pascit hic mortales) est lui-même la nourriture de son troupeau, qui s’étend sur toute la terre. De même le système imaginé par des militaires américains a-t-il désormais vocation à être utilisé universellement, dans toutes les sphères de la société et pour toutes sortes d’usages (militaire, scientifique, didactique, ludique, culturel, etc.). Le ministre de l’autel doit vivre de l’autel ; mais, en même temps, il lui est interdit de vendre les sacrements. Comment entretenir les prêtres sans verser dans la simonie (Actes des Apôtres, 8, 9-25) ? Comment rétribuer justement les artistes ou les intellectuels qui vivent de leur travail de création sur le Web ? Comment rendre l’information accessible au grand nombre sans assécher le vivier de ceux qui la font et en vivent ? Les tâtonnements actuels du législateur français font écho aux problèmes rencontrés, depuis deux mille ans, pour rétribuer les ministres du culte catholique et leur permettre de vivre décemment : les honoraires de messe (ou casuel) ne sont pas une rétribution, mais un contre-don ; la vie liturgique, canal de la grâce divine, par laquelle descend sur terre la grâce sacramentelle, ne peut donc être un commerce, mais un échange de gratuités.

Eschatologie ou Apocalypse ?

Ce « nouveau passage » (Novum pascha) « termine une phase ancienne » (Phase vetus terminat). « La nouveauté fait fuir la vieillerie, la vérité fait fuir l’ombre, la lumière élimine la nuit » (Vetustatem novitas, umbram fugat veritas, noctem lux eliminat). Après un XXe siècle de guerres, de frontières défendues au prix de millions de morts ; dans un nouveau siècle où vont disparaître d’un monde libre en expansion les rideaux de fer ou de bambou, murs de la honte et autres barbelés, l’avènement de la mondialisation de l’information doit supprimer les frontières, décloisonner les mondes, débloquer les crispations et faire couler dans les veines du monde le sang toujours neuf de la liberté de l’expression. L’information, liberté sacrée, est, comme un très saint sacrement, une nourriture salutaire, voire salvifique pour le monde : « nous consacrons le pain et le vin en hostie du salut » (panem, vinum in salutis consecramus hostiam). L’évocation de tous les projets de bibliothèque numérique universelle, de Xanadu planétaire, doit se faire dans l’enthousiasme et le rêve d’une société meilleure : « que la louange soit pleine et qu’elle soit sonore ; que la jubilation de l’esprit soit joyeuse et qu’elle soit belle » (Sit laus plena, sit sonora ; sit jucunda, sit decora mentis jubilatio). Jérusalem, la Ville des Villes, doit louer son Sauveur pour le don qu’il lui fait (Lauda Sion Salvatorem), comme l’homme moderne doit (se) louer sans cesse (de) son projet d’information numérique, outil de liberté et de démocratie. Les NTIC, dernier mot des décideurs en mal de projet ; le tout-numérique, panacée auto-proclamée des penseurs en mal de solutions. Bill Gates écrit que le « style de vie Internet » va révolutionner nos sociétés : « Je suis un optimiste. Je crois au progrès. Je préfère vivre aujourd’hui plutôt qu’à n’importe quelle autre époque de l’histoire – et pas seulement parce qu’en d’autres temps mes précieuses aptitudes m’auraient tout juste permis de faire un excellent candidat au dîner d’un fauve » . On comprend que la perspective de manger plutôt que d’être mangé remplisse un grand fauve d’un optimisme sans voile. Mais cette eschatologie, avatar du mythe du progrès, se détache en général sur fond d’angoisse : peur du contrôle universel exercé par Big Brother ; crainte que la fracture numérique n’exaspère les divisions du monde ; angoisse millénariste du bogue de l’An 2000, qui s’est révélé, sans que personne ne s’en indigne a posteriori – lâche soulagement ? – , une imposture organisée par les marchands de matériels et de logiciels, faux prêcheurs d’Apocalypse.


Une métaphore parmi d’autres

La métaphore de la transsubstantiation est naturellement loin d’épuiser les aspects symboliques de la circulation de l’information numérique. Et l’on peut citer quelques registres sémantiques auxquels le langage courant emprunte d’autres métaphores : celui de l’évasion et de l’ouverture sur le monde ; celui de la drogue (on ne peut plus s’en passer, on ne sait plus travailler sans elle, on y consacre de longues heures chaque jour) ; celui des voies de communication terrestres (autoroutes de l’information, réseaux) ou liquides (canaux ; tuyaux au diamètre parfois problématique ; océan sur lequel on surfe, on navigue ou l’on rame) ; celui de la cryptologie (mots de passe, codes d’accès, et autres identifiants). Pierre Lévy a montré que « l’informatique constitue une étonnante réalisation de l’objectif marxien d’appropriation des moyens de production par les producteurs eux-mêmes »  ; il faut remarquer, pour nuancer cette affirmation, que systèmes, logiciels et ressources publicitaires sont étroitement régis par les lois du marché. Mais il est vrai que, dans le domaine du téléchargement de la musique, les labels indépendants et les petites maisons de disque sont désormais susceptibles de tirer leur épingle d’un jeu largement dominé par les majors.

Quoiqu’il en soit, les affinités entre information numérique et transsubstantiation ne sont pas exclusives, mais il vaut la peine d’en chercher les raisons.

Transsubstantiation et médiologie

A l’article « Incarnation » du dictionnaire de médiologie figurant en bonne place dans www.mediologie.org, Régis Debray, après rappelé que le corps était le « médiateur par excellence », écrit : « on peut voir dans l’Incarnation le codage mystique ou le préambule fabuleux de la question médiologique originaire : Comment un Verbe se fait-il chair ? » Et de poser la question marxienne de savoir comment ici-bas une idée peut devenir force matérielle. C’est pourquoi, poursuit-il, « l’étude du Messie, médiateur entre Dieu et les hommes, ou christologie, qui est au cœur de la théologie chrétienne, offre la meilleure introduction possible au déploiement de cette question matérialiste ».

Dans la Christologie catholique, la question de l’Incarnation se prolonge dans celle de l’Eucharistie, et elles sont indissociables. L’Eucharistie, au fond, c’est le moyen qu’a trouvé le Christ pour rendre possible la prolongation et l’actualisation, toujours et partout, jusqu’à la consommation des siècles et de l’espace, de son Incarnation. Rien d’étonnant, donc, si l’on suit l’idée de Régis Debray, à ce que l’étude des aspects eucharistiques de la christologie fournisse une modélisation susceptible de penser la communication de l’information à l’échelle planétaire, comme elle permet de mieux comprendre, par exemple, les modes de communication politique et dynastique à partir du XIIIe s . La différence, c’est que la conception et la diffusion de l’Internet ne s’est pas faite dans un contexte catholique, mais dans un contexte laïque ou protestant, en tous les cas très éloigné de l’idée de transsubstantiation, de présence réelle, de sacrements. Les points de comparaison sont néanmoins trop nombreux entre l’Internet et la transsubstantiation pour que la question ne mérite pas d’être posée. L’Eucharistie ne serait plus seulement un dogme étrange (croquer son Dieu – quelle drôle d’idée !), raillé par les caricatures romaines des premiers siècles de notre ère, par l’imagerie protestante depuis le XVIe siècle et par les caricatures anticléricales depuis le XIXe siècle , mais une réalité aux fondements anthropologiques plus profonds. Autrement dit, le dogme de l’Eucharistie comme tradition culturelle et comme construction philosophique aurait fourni aux concepteurs des ordinateurs puis de l’Internet la forma mentis indispensable à l’innovation technique : des ordinateurs ressemblant à des hommes, véhiculant bientôt des informations ayant des caractéristiques comparables aux espèces transsubstantiées. Les différents aspects théologiques du dogme eucharistique (nourriture, repas, mémorial, sacrifice, transsubstantiation) et les caractéristiques matérielles du Corps et du sang du Christ permirent de concevoir et d’imaginer un outil technique répondant au besoin concret et à la demande sociale de circulation sécurisée d’informations codées.

L’Eglise catholique et Internet

Il est temps de confronter ces faits avec le discours de l’Eglise catholique romaine sur l’Internet. Examinons d’abord un texte intitulé « L'Église et Internet », signé de John P. Foley, Président du Conseil pontifical pour les communications sociales, daté de la « Cité du Vatican, le 22 février 2002, en la fête de la Chaire de Saint Pierre Apôtre » . Cet archevêque, formé à Philadelphie, note que « l'Église elle-même est une communio, une communion de personnes et de communautés eucharistiques issues de la Trinité et reflétant sa communion ; la communication est donc de l'essence de l'Église. » Cependant, « la réalité virtuelle ne remplace pas la présence réelle du Christ dans l'eucharistie, la réalité sacramentelle des autres sacrements, et la participation au culte dans une communauté humaine faite de chair et de sang. Il n'y a pas de sacrements sur Internet ; et même les expériences religieuses qui y sont possibles par la grâce de Dieu ne suffisent pas si elles sont séparées de l'interaction dans le monde réel avec d'autres personnes de foi. ».

L’usage d’un oxymore, « réalité virtuelle », montre combien l’archevêque a compris la nécessité de lever l’ambiguïté née des affinités qu’il constate entre Internet et les sacrements : sur Internet, écrit-il, il n’y a ni chair ni sang. Ces deux réalités que l’homme d’Eglise éprouve le besoin de distinguer clairement tant elles semblent proches, sont en effet exactement symétriques : l’Eucharistie, c’est Dieu qui vient réellement sur la terre dans la vie de tous les hommes ; Internet, c’est la terre qui vient virtuellement sur l’écran de tous les hommes. Et de poursuivre, en théologien classique qui distingue les choses non pour les opposer, mais pour les rendre complémentaires : « Voilà un autre aspect d'Internet qui exige une étude et une réflexion. De même, le programme pastoral devrait considérer la façon de faire passer les personnes de l'espace cybernétique à la communauté réelle, et la façon dont, à travers l'enseignement et la catéchèse, Internet peut par la suite servir à les soutenir et les enrichir dans leur engagement chrétien. »

Quelques jours avant la publication de ce document, le même Foley, prêtant sa plume à Jean-Paul II pour la Journée des communications sociales 2002, avait ce cri d’angoisse : « Internet fait apparaître des milliards d’images sur des millions d’écrans d’ordinateurs partout dans le monde. De cette galaxie d’image et de son, le visage du Christ ressortira-t-il et la voix du Christ sera-t-elle entendue ? ».

A l’issue du synode tenu à Rome sur l’Eucharistie en 2005, les Père synodaux ont fait au pape cinquante propositions sur ce thème. La proposition 29 s’intitule « Eucharistie et moyens de communication sociale ». Après avoir concédé que « les moyens de communication sociale, y compris Internet, sont utiles à ceux qui ne peuvent pas participer à la Messe, pour des raisons d’âge et de santé », les pères synodaux rappellent « que, dans les situations normales, pour accomplir le commandement, la présence physique à la célébration de l’Eucharistie est nécessaire, et que suivre le rite à travers les moyens de communication ne suffit pas. En effet, le langage de l’image est représentation et ne correspond pas à la réalité elle-même ». Autrement dit, la réalité transcendante de l’Eucharistie se distingue nettement de la réalité virtuelle de l’Internet, qui peut servir à la diffusion du Verbe (enseignement, catéchèse, information, formation, voire bibliothèque numérique ) mais ne peut accomplir le double miracle de la transsubstantiation et de la conservation des espèces eucharistiques sans leur substance.

L’informatique et le salut du monde

Internet, simple outil technologique que l’Eglise catholique, communion logiquement adepte de la communication, doit utiliser pour les besoins de l’évangélisation, n’est donc pas, dans l’esprit de ses responsables, ce moyen de salut humain et terrestre par la création et la circulation de l’information numérique. La construction théologique du sacrement de l’Eucharistie, réutilisée à partir des années 1960 pour modéliser une innovation radicale dans nos modes de transmission, permet à la société de l’information de se construire une sotériologie terrestre et profane, et de l’annoncer sur un mode auto-célébratif. Au moment précis (les années 1960) où une fraction des fidèles et de nombreux membres du clergé catholique, par un souci d’œcuménisme (rapprochement avec les protestants) ou de rationalisme (absurdité de la théophagie), abandonnèrent la croyance en la transsubstantiation et la présence réelle – ce qui représente, pour l’Eglise catholique, une véritable crise de la foi – apparut un système de circulation d’information à l’échelle mondiale prenant justement ce dogme catholique comme matrice symbolique. Le sauveur que Sion, image du monde, doit louer (Lauda Sion Salvatorem) n’est plus le Verbe incarné qui se donne dans l’Eucharistie, mais les possibilités infinies de l’Internet, panacée de tous les maux de l’humanité souffrante, garant de l’éducation du citoyen et de la démocratie participative.

Il y là, naturellement, pour un archevêque, une illustration supplémentaire de la sécularisation de la société occidentale ; Mgr Foley pourrait objecter que l’analogie ici développée n’apporte pas un vrai soutien à la foi en l’Eucharistie, et elle n’est pas pour le plus grand bien de l’analogué supérieur. D’un autre point de vue, ce phénomène manifeste la prégnance des constructions théologiques catholiques dans la forma mentis occidentale – voire humaine, si l’on en juge par l’extension planétaire de l’Internet. Dieu a créé l’homme à son image ; un catholique ne peut donc s’étonner que la science de Dieu (ou théologie) permette une meilleure connaissance de l’homme lorsque ses méthodes et ses catégories sont appliquées aux sciences humaines. Sans compter que l’analogie ici développée ne change évidemment rien au dogme catholique, ni à la réalité totalement transcendante qu’est l’Eucharistie pour le chrétien catholique.

La foi en l’Internet est en tous les cas le dernier avatar en date des croyances de salut séculier imaginées dans le monde occidental depuis les Lumières. La panne de disque dur (ou crash disk, selon la formule suggestive les Anglo-Saxons) met périodiquement à rude épreuve les nerfs de ses adeptes. Il faut espérer qu’aucune catastrophe majeure, comme celles qui défrisèrent le XXe siècle, ne viendra brutalement mettre à mal l’enthousiasme de ces nouveaux dévots.


Edouard Bouyé Archiviste paléographe Ancien pensionnaire de la Fondation Thiers Directeur des Archives départementales du Cantal A publié la correspondance d’Héloïse et d’Abélard (Gallimard, Folio Classique, 2000), ainsi que plusieurs articles dans les domaines de l’héraldique et de l’emblématique.

maito:ebouye@cg15.fr


Illustration

Dans cette image, caractéristique de la dévotion occidentale de la fin du Moyen Age, la grande hostie, sur fond de ciel étoilé et dans son ostensoir d’or tenu par deux anges, laisse apparaître en filigrane le corps du Christ, et saigne de son sang. La transsubstantiation permet à l’homme d’actualiser le mystère de l’Incarnation du Verbe fait chair et de rendre matériellement présent Dieu dans le monde, tandis que l’informatique et Internet rendent virtuellement présent aux hommes le monde dématérialisé. Heures à l’usage de Rome, Bibliothèque municipale de Besançon, ms. 60, f. 26v (fin XVe-début XVIe s.)

Résumé

Informatique et transsubstantiation

La transsubstantiation permet à l’homme, dans la doctrine catholique, d’actualiser le mystère de l’Incarnation du Verbe fait chair et de rendre matériellement présent Dieu dans le monde, tandis que l’informatique et Internet rendent virtuellement présent aux hommes le monde dématérialisé. Ces deux miracles, qui entretiennent des rapports analogiques nombreux et inattendus (analysés à travers la séquence eucharistique du Lauda Sion Salvatorem), ont tous deux, à leur manière, une visée salvifique.

Edouard Bouyé

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