Jean Baptiste Rames
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L'homme
Il est fils de pharmacien, installé place de l’Olmet et de Marguerite Terrisse, fille d’un menuisier d’Aurillac. Jean-Baptiste naquit à Celles-de-carlat le 26 décembre 1832. Élève médiocre, il n’obtient pas son baccalauréat.
Attiré avant tout par les sciences naturelles, remarqué par le Clermontois Lecoq, il décide de devenir naturaliste. Géologie, paléontolo¬gie, chimie, il suit des cours à Toulouse et multiplie les courses dans la montagne cantalienne. En 1858 il réussit son examen d'assistant naturaliste, mais la naissance d'une enfant naturelle rompit ses ambitions et l'obligea à revenir à Aurillac.
Il reprend la pharmacie de son père. En 1868 il devient borgne. Ses amis, ses excursions, le sauvent de la monotonie des jours. Il écrit La Création placée sous l'égide de Darwin et de Goethe. Libre penseur, franc-maçon, c'est un républicain de longue date.
Un temps, il pensa passer son baccalauréat pour accéder à un poste à l'université, mais il abandonna ce projet et resta pharmacien, un métier qu'il n'aimait pas.
En 1878 il a de nou¬veau un enfant naturel qu'il reconnaîtra lors de son mariage en 1888. Il meurt, chrétiennement, le 22 août 1894. En décembre 1895, le conseil municipal décide d'acheter la collection scientifique de Rames qui formera les prémices du musée archéologique.
Sources (Histoire des rues d’Aurillac de Claude Grimmer)
Visite du Musée en 1957
Visitons le Musée Rames à Aurillac
« Si les premiers hommes n'ont pas assisté aux ultimes soubresauts du volcan cantalien, ils ont peut être été témoins des dernières glaciations. Nos lointains ancêtres ont laissé des traces certaines de leur passage ou de leur séjour : leurs premiers outils, essais timides et grossiers, ou plus perfectionnés, des divers âges préhistoriques... « La Préhistoire reste encore une science conjecturale dans son ensemble. On admet généralement trois grandes périodes, avec de nombreux étages : le Paléolithique, le Mésolithique, le Néoli¬thique...
« Dans la première moitié de cette salle sont présentés les outils des diverses industries lithiques du Cantal. A titre documentaire figurent les plus beaux spécimens des éolithes du Puy Courny, de Belbex et de Boudieu. Les vitrines suivantes montrent de très beaux bifaces, autrefois appelés haches, amandes ou coups de poing,, a faciès nettement acheuléen (Paléolithique inférieur). On voit ensuite une série de bifaces à talon allongé et de pointes à faciès moustérien (Paléolithique inférieur), puis l'évolution de la pointe vers le triangle et du biface vers le grattoir discoïdal. « L'industrie mésolithique post-glaciaire, est représentée par les laines, les silex microlithiques aux formes géométriques, grattoirs discoïdes, burins, becs de perroquet, lames à bords abattus.
Le Néolithique (Campignien) est largement représenté par une série de racloirs, laines à coches, grattoirs, rabots, perçoirs, à faciès aurignacien et magdalénien (Paléolithique supérieur), les nucléus ou « livres de beurre » et par les pics et tranchets nettement caractéristiques du Campignien.
« Le polissage du tranchet marque la transition vers la hache polie. Ces haches polies servaient pour le travail du bois en usage chez les Néolithiques agriculteurs. Les haches plus petites en ser¬pentine, fibrolithe, Jadéite, dites votives ou emblèmes de la force, servaient pour des travaux plus délicats.
« A noter encore une série de pointes de flèche, une hache polie naviforme, perforée, à double tranchant, et deux haches polies emmanchées dans un os de Cerf. »
(H. Delmont : Le Musée J.-B. Rames ; Aurillac, Imprimerie Moderne, 1957.)
Le rêve du savant
« J'écris très peu ; je suis trop fatigué le soir, cependant je ne néglige pas tout à fait ma géogénie. Parfois, j'allume mon feu dans mon cabinet pour veiller et pour travailler. Nos courses géologiques me reviennent en mémoire, et souvent le fantastique, le sommeil et les rêves s'emparent tour à tour de ma tête et voltigent sous ma voûte cranienne...
« Un de ces soirs, cédant à la fatigue, je m'étais endormi et je rêvais que j'étais venu vous rejoindre sur le flanc de la vallée de la Cère. De longues écharpes de nuages se déroulaient, chassées par le vent ; nous sentions comme la fraîcheur du soir et nous faisions des commentaires sur une grande épée de bronze que nous venions de recueillir. Nous étions alors à côté d'un dolmen sur un plateau.
« Mais aussitôt nous nous retrouvions assis sur la pente aride ; toute la vallée était inondée de lumière ; notre vue portait jusqu'aux sablières d'Arpajon. Nous nous mîmes à parler du fameux pot cassé en 36 morceaux et du même coup nous avons vu revenir les Romains...
Voyez donc, voilà toute une foule qui part d'Areopagus pour aller passer quelques jours aux thermes de Viens ; ils admirent la vallée et l'explorent ; ils cherchent les plus beaux points de vue ; ils montent au Pas du Luc et lui donnent un poétique nom. Des artistes, des légionnaires, des Barbares, des gladiateurs, des Belluaires, des esclaves et quelles splendides femmes forment cortège à la litière du Proconsul...
« Les aboiements de Bichette me rappelèrent à la réalité... » (Lettre de J.-B. Rames à P. Marty ; Auril.lac, le 29 décembre 1893 ; tirée de e J.-B. Rames, sa vie, ses oeuvres, sa correspon¬dance » par le Comte L. Le Peletier d'Aunay ; Aurillac, U.S.H.A., 1946, p. 241.)
Avant les grands volcans
« Rien jusqu'ici ne rappelle les âges mayencien et helvétien (primitifs). Dans le lointain où nous voyons le Cantal (à l'ère tertiaire), il nous apparaît sous la forme de plaines basses de 150 à 200 m. au-dessus des mers. Le sol est constitué par le calcaire de I'ancien lac comblé et asséché. Apparaît aussi le terrain primitif l'armant à l'est et à l'ouest de grands anticlinaux et quelques collines, derniers vestiges des monts hercyniens.
« Des steppes herbeuses et des forêts opulentes se disputent la possession des campagnes. De grandes nappes d'eau dormantes peu profondes occupaient toute la région N.-E. Les eaux sauvages et les torrents allaient bientôt grossir les rivières de la plaine qui débordaient au milieu des savanes les recouvrant d'alluvions quartzeuses...
« Un jour, la scène changea ; le sol de la plaine se crevassa ; quelques cratères rejetèrent une quantité extraordinaire de cendres qui retombaient en pluie et comblaient les lacs encombrés de lignite.
Mais sans tarder s'ouvrirent, depuis le sud d'Aurillac jusqu'au delà de Murat, des rangées de cratères qui vomirent du basalte.
Cependant, le calme de la majestueuse nature reparut. Le Dinothérium, le Rhinocéros, le Mastodon Augustidens parcouraient les jungles, des troupeaux d'Hipparions graciles, de Gazella déperdita, sillonnaient les steppes et abandonnaient leurs ossements dans les alluvions...
« Voici que le grand soulèvement des Alpes se produit. Par contrecoup le plateau central est bosselé, plissé et brisé de failles. »
(Lettre de J.-B. Rames à M. Boule ; Aurillac, 19 janvier 1893 ; tirée de id., p. 117.)
La chaudière en acfion
De la grande « caldeira » centrale vont alors jaillir, à maintes reprises, après de longs intervalles de tranquillité où la vie renaissait parfois sur les pentes, d'énormes masses de boues de cendres et de laves. L'hypothèse du volcan unique de Rames, d'ailleurs abandonnée par ce dernier avant sa mort, a fait place à la pluralité des cratères mais dans un espace assez restreint.
Écoutons le savant aurillacois décrire la dernière éruption:
« Ce déluge de basalte répandit une implacable monotonie sur toute la montagne : les flots ardents noyèrent tout. (Enfin) tandis que l'épaisse carapace se refroidissait, les feux souterrains s'endormaient peut-être pour toujours. Tout devint silencieux ; au règne du feu allait succéder celui des frimas ; la décrépitude allait commencer. »
(J.-B. Rames : Géogénie du Cantal, Aurillac, Bouygues frères, 1873, p. 28).
L'immense massif aux 3.000 m. d'altitude subit alors l'érosion quaternaire. Les vallées en étoiles, creusées par les torrents, rabotées par les glaciers, se formèrent. L'homme apparut ...A moins, si l'on en croit les « éolithiens », qu'il n'ait été contemporain du grand cataclysme à la fin des temps tertiaires
Des ouvriers avaient brisé un vase gallo-romain découvert à la Sablière d'Arpajon.
