L'affaire Andral

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L'affaire Andral

L'affaire Andral ou la montagne des « dévoyées »

Par ESTEVE Christian

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Sommaire

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Résumé

En 1863, au cœur des montagnes cantaliennes, dans quel environnement matériel, économique, culturel, psychologique, voire politique, un prêtre, aux mœurs douteuses il est vrai, a pu avoir des rapports sexuels avec une mineure, conduite auprès de lui par sa propre grand-mère ?

C’est à cette question que l’étude des pièces d’un dossier d’assises apporte quelques éléments de réponse.

Mais plutôt que de s’attarder sur le parcours singulier d’un véritable don Juan en soutane, il nous importe ici, d’abord, de mettre en lumière la cohabitation de diverses sensibilités apparue lors de la confrontation entre un monde judiciaire urbain et un (certain) milieu paysan traîné sur le banc des accusés, et surtout de tenter de pénétrer l’intimité d’un petit village de 140 âmes.

Car l’examen minutieux de celui-ci nous renvoie à une image plus ou moins inattendue du monde rural, celle d’un microcosme où les hommes ne tenaient pas forcément le haut du pavé, celle aussi d’un isolement tout relatif, tout cela ne débouchant pas vraiment sur un contrôle forcené de la sexualité.

Apparaissent enfin des trajectoires individuelles susceptibles de nourrir une plus lointaine réflexion sur les fatalités sociales et les souffrances familiales du XIXe siècle.

Matinée du 9 juin 1863. Montagne de Chavagnac, 1200 mètres d'altitude, dans le canton de Murat, l'un des chefs-lieux d'arrondissement du Cantal. Portant un chapeau en forme de képi, une blouse blanche et un pantalon noir, un homme s'avance. Un parapluie en coton bleu ajoute au curieux de la tenue. Bien qu'âgé d'une cinquantaine d'années, l'homme a des cheveux et des sourcils châtains clairs. Sans être très grand, il est doté d'une taille au dessus de la moyenne. Le visage est ovale et le teint brun. Sous un front largement découvert, deux petits yeux châtains encadrent un nez assez long. La grandeur de la bouche tranche avec son menton court, sous lequel on peut distinguer un foulard. Lorsqu'il s'approche du bois de la Barthe, propriété de M. de Brives, le receveur de Murat, dont on aperçoit aussi l'immense grange, une femme d'une cinquantaine d'années lui fait signe de la main. Elle est accompagnée d'une jeune fille, d'environ quinze ans, et porte un cabas. Toutes deux sont vêtues bien modestement et semblent l'attendre. L'homme avance. La rencontre a lieu sous les arbres.

À l'abri des regards pensent-ils ? Probablement. Car l'homme s'assoit en écartant les jambes et place les deux femmes sur elles. Or, à environ cent cinquante mètres de là, sur une petite hauteur, deux hommes et une femme, qui coupaient des bruyères, les ont aperçus. Intrigués, ils s'approchent d'abord puis décident de leur jouer un bon tour. Et de hurler : « Au lièvre, au lièvre ! B... de c..., tu ne les b.... pas toutes les deux ! ». Surprise, mais point démontée, la femme du bois leur crie que cela ne les regarde pas. Dérangé donc, le trio part aussitôt en direction du nord-est, mais se heurte à un autre cultivateur. Toujours à travers les bruyères, ils poursuivent alors leur chemin dans la même direction jusqu'à un petit mamelon. Là, ils s'installent pour manger les victuailles que portait la plus âgée des femmes, qui avait par ailleurs acheté une bouteille de vin au Monteil. Rassasié, l'homme attire alors la jeune fille et l'embrasse. Non consentante ou hésitante, elle se lève et fait quelques pas. L'homme la rejoint, lui dit : « Je suis venu pour toi, pas pour l'autre », l'embrasse à nouveau, soulève ses jupes et commence à la caresser. Ne se préoccupant ni des pleurs de la petite, ni de la présence de l'autre femme, il la renverse. Surprise ! L'autre approche calmement, place le cabas sous la tête de la petite et lui couvre le visage avec un mouchoir. Mais la petite se débat vivement, pleure, crie et finit par supplier l'autre femme de l'aider à en finir. Sans se faire prier davantage, celle-ci se plie à ce désir en saisissant aussitôt le membre de l'homme pour le « placer ». Mais dans un dernier effort la petite se dégage. Désarçonné, l'homme se jette alors sur sa « complice » et accomplit son acte, non sans qu'elle eut ouvert le parapluie pour se protéger du regard de la petite...

Tous deux se relèvent. La femme dit alors à la petite : « Je me suis laissé faire, je n'ai pas pleuré. Si c'était un homme de 1 500 francs, je ne l'aurais pas amené, mais un homme de 12 000 francs qui veut faire ton bonheur, il faut bien le lui donner ». Quant à l'homme, il donne à la jeune fille 1,50 franc et un mouchoir. Bien joli le mouchoir ! Bien plus joli (en coton à bordure rouge et blanche, à intérieur à raies noires et grises sur fond jaune) qu'elle ne pouvait espérer en acheter un jour ? Peut-être, car les deux femmes partent de leur côté après avoir convenu d’un… nouveau rendez-vous. Avouons-le, bien banale peut paraitre cette histoire 1 au vu des mœurs de notre époque, peut-être aussi par rapport à celles du XIXe siècle, c'est aussi une question. Reste que, si elle a retenu notre attention, c'est d'abord, de manière évidente, parce qu'elle a laissé des traces. Des sources donc, qui proviennent tout simplement d'un dossier des assises, car il y a eu procès et condamnation des deux adultes à dix ans de travaux forcés 2, ce qui constitue presque une première surprise dans la mesure où la séparation s'était opérée paisiblement et fut suivie d'autres rendez-vous. La deuxième ressortit à la nature ou plutôt au statut même des trois personnages, à savoir : Marguerite B** 3, veuve G**, et sa petite-fille, Marguerite F**, toutes deux résidant à Aymas, sur la commune de Ségur, et un prêtre de Murat, l'abbé Andral.

Nous inspirant une réelle horreur, ces liens de sang nous déconcertent somme toute plus que l'écart de l'homme de religion, qui avait d’abord attiré notre attention 4. Ici l’historien bifurque, s’éloignant du centre d’intérêt qu’il croyait prioritaire, sans pour cela oublier totalement le protagoniste mâle, dont le statut pèse trop dans toute cette histoire. Si bien qu’il ne s’agit pas de retracer ici son errance sacerdotale et ses multiples expériences amoureuses dans plusieurs diocèses français 5, mais plutôt d'essayer de comprendre ce qui put conduire l'accusée et sa petite-fille à agir de la sorte.

Mais pourquoi s'intéresser à une affaire si « minuscule », à un tel micro-événement 6 ? À cela il y a une première réponse, car, si le crime en lui-même n'a aucune signification sinon statistique, il n'est jamais une réalité isolée 7. Ce qui importe donc c'est de le replacer dans son contexte, dans son environnement, matériel, économique, social, culturel et mental. L’historien se mue alors en véritable enquêteur, car rien ne doit être négligé des différents éléments qui constituaient la vie quotidienne de ces deux femmes et de tout ce qu'elle mettait en jeu 8. À travers leur histoire, c'est toute celle de leur village, et partant de bien des communautés, qui doit renaître et défiler sous nos yeux.

Mais par delà la mise au jour de la genèse de l'acte « ignoble », il s'agit aussi d'étudier les divers sentiments que leur attitude a suscités parmi leurs proches et parmi les notables. C’est toute la question de l’inégale diffusion de l’« âme sensible » selon les différentes couches de la population du XIXe siècle 9. Laquelle ne peut s’étudier sans la prise en compte des réactions des pouvoirs publics, judiciaires, politiques, ainsi que de la presse de l'époque. Est donc très présente la nécessité de replacer cette affaire dans un cadre politique, économique et social bien précis : celui d'un Second Empire présenté souvent comme un régime ayant largement pratiqué, voire incarné « l'alliance du trône et de l'autel » et auquel on attribue parfois la mise en mouvement des campagnes.

Autrement dit, notre ambition est d'examiner, « microscope » en main, les différentes pistes qu’il s’agirait d’explorer en profondeur pour mieux cerner, sinon comprendre les faits. Sans pour autant avoir ici la prétention de faire preuve d’exhaustivité, commençons donc par souligner toutes les possibles orientations de recherches et les enseignements qu'on peut déjà tirer d’une première approche sur la vie villageoise, et essayons ensuite de mettre l'accent sur l'écart qui séparait la vision urbaine et bourgeoise de celle des paysans, par rapport à un tel « comportement ».

Autour des circonstances

Constituant en quelque sorte le carré du drame, les circonstances dans lesquelles se déroulèrent le « crime » peuvent être déclinées en quatre points que l’on peut qualifier de : structurels, conjoncturels, biographiques et événementiels.

Éléments structurels

Apparaissent ainsi, en premier lieu, la présence de la ville, la conscience d'un ailleurs, une certaine « liberté » des mœurs, le statut spécifique des domestiques et l'imprégnation religieuse. Les relations avec la « ville », Murat en l'occurrence, s'expliquaient par les nécessaires déplacements des montagnards à la sous-préfecture 10. La consultation des hommes de loi, l'achat de certaines denrées ou les visites chez le médecin 11 les conduisaient en ville 12. S'étaient aussi établis à Murat presque la moitié des banquiers du département (cinq sur onze) en raison des nombreux échanges commerciaux qui s'y déroulaient 13. Marguerite B** rencontra ainsi Augustin Andral pour la première fois à l'Héritier, petit hameau, à la sortie de Murat sur la route des montagnes. C'est là qu'elle lui fit croire, selon ses déclarations, qu'elle pouvait avoir encore des enfants et se donna à lui pour un franc 14. C'est aussi là qu'Andral lui dit qu'il voulait un enfant, une descendance et qu'il emmènerait la mère dans sa propriété de la Nièvre pour remplacer son ancienne servante. Et, lorsqu'elle quitta définitivement la ferme de son employeur, la petite Marguerite déclara bien aller à Murat consulter le médecin et voir « le bourgeois, le bon ami de sa grand-mère ».

Dans cette expression, « le bourgeois », ne pourrait-on pas deviner le « caractère madré » du paysan, qui sait s'accommoder de la présence du propriétaire de la ville et qui sait reconnaître l'aubaine, le parti qu'il peut tirer de cette proximité. C'est dire que les relations avec la ville prenaient aussi leur source dans une propriété urbaine qui s'était déployée jusque dans la montagne 15. Jean Baffe déclara ainsi les avoir entendus dans « le bois de la Barthe qui appartient à M. de Brives » 16. Pourquoi le rendez-vous avait-il eu lieu ici ? Était-ce seulement parce que c'était à mi-chemin de Murat et Ségur ? Était-ce parce que l'un et l'autre connaissaient bien les chemins qui y conduisaient ? Était-ce pour son éloignement ? Tout cela est vrai. Mais, pourquoi l'immense grange du receveur de Murat, (qui du reste existe toujours), n'aurait-elle pas, aux yeux de la grand-mère, symbolisé la richesse, la réussite, à laquelle elle aspirait pour elle et pour sa petite fille 17 ? La conscience d'un ailleurs 18 doit être mise en relation avec l'importance fort ancienne des migrations. Plusieurs milliers de Cantaliens « sortaient » en effet chaque année. Dans la commune de Dienne d'où était originaire Marguerite B**, les passeports délivrés aux migrants faisaient état de 30 départements parcourus. Dans la commune voisine de La Vigerie, 36 départements furent visités par les migrants entre 1840 et 1860. Les métiers étaient très variés avec cependant une orientation prononcée pour le commerce à partir de la fin de la Restauration 19. Comme dans le reste du département, la migration temporaire apportait aux habitants de Ségur un complément de revenus. « Presque tous les conseillers municipaux sont dans des départements étrangers et ne rentrent qu'au printemps », constatait le maire 20. L'importance du phénomène avait ainsi poussé le conseil municipal à réclamer un bureau de poste 21. Ségur, la commune de nos deux Marguerites, et en remontant vers le canton de Marcenat, c'était donc la patrie des colporteurs, à la réputation mauvaise. Une renommée fort noircie due en partie aux notables et surtout au clergé. Leur honnêteté était mise en doute, mais on les accusait surtout de ramener des mauvaises idées et des maladies vénériennes 22. C'était aussi un moyen de masquer une « liberté » des mœurs endogène 23, traduite tout d’abord par de nombreuses naissances naturelles. Du reste, la petite Marguerite avait eu des relations l'année précédente « avec un garçon » de son âge, mais « son affaire n'était pas plus gros que le petit doigt », crut-elle bon de préciser 24. Si l'on se reporte en outre au recensement de 1861 25, parmi les 140 habitants du village d'Aymas où sa famille résidait, on trouvait aussi chez Élise C** (50 ans), une fille de 20 ans qui venait d'avoir une fille naturelle un mois plus tôt. Et devront être vérifiés (au cas où les parents auraient été recensés ailleurs comme domestiques chez leur employeur), quatre autres cas : François T**, 68 ans, vivait avec sa femme (56 ans), son fils de 21 ans, sa fille de 30 ans et... un petit-fils de 4 mois, dont n'est pas mentionné le nom des parents ; Antoinette M** (35 ans, dont il n'est pas précisé qu'elle est veuve) hébergeait sous son toit sa sœur Marguerite (52 ans) et sa fille de onze ans ; de la même manière, Madeleine T** (40 ans) et Justine A** avaient chacune une fille, de respectivement huit et cinq ans ; chez Antoinette T**, vivaient sa sœur de 59 ans et une nièce de deux ans. Quatrième point, comme la petite était domestique, tout comme sa mère et sa grand-mère, il faut aussi tenir compte du statut des servantes de la campagne. On a assez souvent souligné la fragilité de la position du domestique, la nécessité de « bien se comporter », non seulement pour conserver la place, mais aussi pour éviter d'être suivi d'une mauvaise réputation qui fermerait ultérieurement les portes 26. En outre, l'article 386 du code pénal prévoyait de manière significative que le vol par un domestique était un crime 27. Les malheurs des domestiques et des journalières de la campagne sont biens connus. Rudoyées, mal payées, demeurant à la merci de leurs employeurs, elles subissaient assez souvent leurs assauts, quel que fût leur âge. De telles « initiations brutales » 28, d’une telle « exploitation sexuelle » 29, s'ensuivaient des engrossements qui ne prêtaient pas vraiment à conséquence pour le maître. Les naissances naturelles ou les abandons d'enfants sont là pour le rappeler. Mais beaucoup moins les avortements, qui relèvent du monde du silence, celui des matrones respectées en fonction de leur utilité légitime ou illégitime, et de leur connaissance des secrets des familles. Encore eut-il fallu qu'on fît appel à un savoir-faire qui se monnayait. Combien de domestiques pouvaient verser les sommes exigées, aussi modestes fussent-elles ? La décision de « faire passer le petit » par ses propres moyens l'emportait sur le choix d'une intervention extérieure. Le secret était aussi à ce prix. Masquer l'arrondissement de la taille n'était pas le plus difficile. La débauche d'efforts physiques, la multiplication des efforts insoutenables ne pouvaient attirer les soupçons. C'était le lot fréquent des domestiques. L'avortement s'opérait alors presque « naturellement ». Faute d'une issue aussi « aisée », le recours à des expédients se révélait inévitable, favorisé par l'amitié d'une confidente expérimentée ou par la présence d'une « vieille folle » prodigue en conseils 30.

Dans ces conditions, il n'est pas surprenant que les infanticides aient eut généralement pour théâtre le monde rural et plus particulièrement celui des domestiques 31. Une caractéristique présente dans le département 32 et que l'on retrouve naturellement dans la région qui nous concerne, avec trois affaires pour la période 1848-1880 (Ségur, Saint-Saturnin et Chavagnac). Subissant parfois des mauvais traitements, les petites domestiques se situaient ainsi bien au bas de l'échelle sociale 33. Il était donc bien normal que le juge s'interrogeât sur le déploiement de tant de bontés de la part d'Andral, « pour embaucher de simples domestiques ». Pouvaient-elles dans ces conditions nourrir l'espoir d'une vie meilleure 34 ? Il est difficile de répondre en règle générale. Mais pour le faire, on peut se tourner vers Eugen Weber qui s'est beaucoup intéressé aux contes populaires, desquels les thèmes de l'endettement, de la vente des enfants et de la trahison des proches n'étaient pas absents 35. Enfin, compte tenu du statut de l'accusé, on ne peut méconnaître l'influence de la religion au cœur de cette affaire. Elle était très présente, même et surtout chez Marguerite B** qui revendiquait une totale adhésion. Mais il s’agissait d’une religion originale : un conformisme religieux mâtiné d'une liberté de mœurs presque affichée. « J'avais l'habitude de suivre les offices ; j'ai suivi la mission l'année passée, et cette année-ci j'ai gagné mes pâques », précisa-t-elle. Lorsqu'elle fut conduite devant le maire et le commissaire, elle hurlait qu'elle allait se noyer, qu'elle ferait pénitence. Et d'ajouter : « Oui, Crousy, vous savez que j'ai été débauchée par les curés, ce sont eux qui m'ont instruite. Les curés sont des anges, ce sont eux qui ont inspiré ma conduite. Je la continuerai tant que je vivrai... » 36. Ceci pose tout le problème de la religion populaire, des religions populaires avec leur différentes déclinaisons 37. Le côté superficiel, du moins en apparence, de cette religion n'explique donc pas tout. Il faut faire appel à une chronologie de plus en plus serrée, à une conjoncture dont il faut préciser le sens.

Émergence d’un nouveau monde

Or ne se caractérise-t-elle pas à l’époque par un phénomène d'accélération de l'ouverture sur l'extérieur, peut-être le développement du culte marial et l'absence ou la faiblesse de contraintes locales pour ces deux femmes ?

Signe du désenclavement des campagnes sous le Second Empire, la nouvelle route Riom-Murat traversait les pâturages 38. Elle traversait aussi le bourg de Ségur, passait sous Aymas de l'autre côté de la Santoire, au pied de Notre-Dame de Valentines, gagnait Le Monteil avant de prendre la direction de Dienne et de Murat. Conséquence de l’intrusion de la nouvelle route, se posa le problème de l'emplacement pour la fontaine publique 39. Les bouleversements ne s'arrêtaient pas là puisqu'il fallut toujours à cette époque procéder à la translation du cimetière qui, jusque-là, était implanté au centre du bourg à côté de l'église 40.

Et, ne peut-on pas aussi se demander si la politique extérieure de l'Empire eut ses conséquences locales avec la participation à la guerre de Crimée de quelques individus de la région, dont les fils de M. de Laveissière et celui de M. de Brives 41 ? Par ailleurs, Martin, le vicaire de Ségur, était déjà parti dans le diocèse d'Alger en 1851 42. Les trois sœurs Fleuret, qui avaient fondé l'établissement de Dienne et chez lesquelles la petite devait se rendre pour être soignée, avaient un frère prêtre à Paris, vicaire à Saint-Sulpice. En 1862, le retour de Rome de l'évêque avait fait beaucoup de bruit, si bien que le pouvoir avait interdit toute manifestation 43. Notons enfin, pour cette même année, le retour à Chavagnac de Jean Pechaud qui rentrait de Californie, précédé d'une réputation de réussite. Le parfum de l'or californien pénétrait ainsi dans les monts du Cantal. Parvint-il jusqu'aux oreilles de nos deux Marguerites ? Rien ne le prouve, mais, ce 9 juin 1863, elles se dirigeaient bien vers la commune de celui qui s'était enrichi au loin 44. Enfin, dernier élément de cette modernité, de cette ouverture qui s'accélérait, l'annonce en 1863 de la prochaine poursuite des travaux du chemin de fer de Massiac à… Murat 45. On ne peut assurer que ces évènements aient joué un rôle direct dans le comportement des deux femmes. Mais Marguerite F** s'était bien prise à rêver. Avec ses deux mouchoirs et son tablier, elle ne pouvait être la même. C'était un début de fortune qui la transportait et lui faisait perdre la tête 46. Car elle annonçait à qui voulait l'entendre son prochain départ à Paris. Avec ses 18 000 francs, elle aurait la belle vie et pourrait, selon le témoignage de son maitre, emmener avec elle Marguerite Valarcher, sa compagne de travail. « Elle m'a tout dit, comme j'avais promis de ne rien répéter. Le curé l'emmènerait. Là-bas, elle serait maitresse, porterait la crinoline, irait à l'école pour la bonne éducation et me prendrait comme domestique », confia celle-ci aux gendarmes. Là-bas, c'était la propriété des Revenus où dépérissait la vieille servante. C'était la Nièvre et, au-delà, Paris. C'était aussi la direction du nord, celle qui suivait la voie ferrée. La géographie de la petite s'était ainsi tout à coup étendue. Le lointain prenait forme 47. À cette accélération de l'ouverture sur l'extérieur, il faut peut-être joindre l'essor du culte marial, dont on connaît les implications dans le peuple, cette « revanche des humiliés » 48, marquée en France par toute une série d’apparitions 49, comme celles que connut le Cantal en 1857 50. Or, juste en face du village d'Aymas, sur un rocher battu par les vents, de l'autre côté de la vallée, trônait Notre-Dame de Valentines. C'était le lieu d'une dévotion très ancienne 51, connue pour la guérison des enfants malades. Et, en liaison avec une mariolâtrie qui touchait tout le département 52, elle avait été bénie le dimanche 6 août 1854 en présence du sous-préfet, de l'archiprêtre de Murat, des doyens d'Allanche et de Marcenat, de 25 prêtres et de 2 000 personnes 53. Avaient aussi participé à la restauration du bâtiment les habitants des communes voisines 54. Marguerite B** fréquentait la chapelle, Andral y avait dit souvent la messe et on peut aussi se demander si la petite ne comptait pas sur cette bienfaitrice pour guérir le mal qui lui rongeait la figure. Les croyances, les superstitions et peut-être les jolis contes appartenaient bien à l'univers mental des deux femmes. Troisième et dernier élément conjoncturel : l'absence ou la faiblesse des contraintes locales. Elle s'expliquait par la faiblesse du pouvoir municipal. Il n'y avait pas de grands propriétaires résidents. La petite propriété l’emportait largement 55. Le maire n'était qu'un petit notable 56, désigné par le pouvoir mais qui n'avait pas été élu en 1860 57. Si bien que neuf jours avant les faits, le 31 mai, la commune et le canton avaient voté légitimiste contre le candidat du gouvernement. Avec souvent la bénédiction, voire les encouragements du clergé 58.


Ménages Nombre Canton Allanche Chavagnac Dienne
Bonnet, légitimiste ultramontain 183 195 1805 52 203
Creuzet, candidat gouvernemental 7 20 111 39 78
Abstentions 44% 30%


La région s'était donc démarquée, ce qui n'avait pu qu'entretenir un semblant d'agitation. C’est certes un point non négligeable, mais il montre surtout que le maire n'avait guère d’influence sur ses administrés 59, à moins qu’il ne préférât, au risque de se couper de l’administration, se ranger du côté de la famille Bonnet, si puissante dans la région. Mais quelque fût son positionnement politique, Crousy apparaissait bien démuni 60. Seul, le garde-champêtre, qui avait pris du galon depuis 1856, pouvait le seconder 61.

La commune de Ségur comptait alors 1 068 habitants, répartis en 232 maisons et 226 ménages. La population agglomérée n'en représentait que les 30 %, si bien que la majorité des habitants était répartie dans onze gros villages et trois hameaux. Du reste le maire vivait au Monteil et ce fut au Pont de La Gazelle, et non au bourg, que le garde champêtre ramena la femme B** le jour de son arrestation. Le centre de gravité de la commune s'en trouvait déplacé. Le pouvoir n'était pas au chef-lieu. Du reste, seuls trois des douze conseillers municipaux élus en 1860 résidaient au bourg 62. Cette dissolution dans l'espace des lieux de pouvoir, cet éclatement de l'autorité, avaient leur importance, car, seules l'église et la chapelle sur le rocher semblaient, par leur immobilité, les incarner.

De la destinée

La troisième face de notre carré du drame se trouve inévitablement dans la vie, ou plutôt dans la destinée de cette famille qui ne semblait pas avoir d'avenir. Sans verser dans le misérabilisme, on peut la présenter à grands traits et très brièvement. La petite Marguerite F** était née le 23 novembre 1848. C'était l'enfant naturel de Jeanne F**, une domestique de 21 ans, alors employée à Fortunies sur la commune de Dienne. Le père ne s'était pas présenté. Elle avait en quelque sorte eu moins de chance 63 que sa mère, Marguerite B** 64 qui, enceinte à seize ans, avait pu épouser Pierre-Firmin F** du village d'Aymas (« Obligé pour ainsi dire, j'étais enceinte »). Jeanne était née peu de temps après, le 30 juin 1828. Mais, neuf ans plus tard, elle perdait son père. Sa mère épousa alors en secondes noces un cultivateur du village, Pierre G**, qui accepta une belle-fille, et donc, quelques années plus tard... une petite-fille. Jeanne F** rencontra au début du Second Empire un maçon de la Corrèze (de Sérilhac dans le canton de Beynat) comme il en venait tant dans le Cantal à cette époque. Elle n'avait que 25 ans, une petite fille de cinq ans avec une « vilaine » 65 tâche sur le visage, pas d'argent, une mère de mauvaise réputation 66. Elle se mariait le 27 juillet 1853 avec Jean B**. De quatre ans son aîné, il n'avait rien à lui donner, sinon sa présence et sa force de travail. Il n'était que l'un de ces nombreux maçons du Limousin qui parcouraient la France rurale et non les rues de Paris comme ceux de la Creuse 67. Indispensables pour le bâtiment, ils n'en étaient pas moins victimes de l'antipathie des Cantaliens 68. Maçon ou non, le Limousin n'était pas aimé 69. Rencontre de deux « misérables », cette union était suivie de l'arrivée d'une autre petite Marguerite, le 2 juillet de l'année suivante. Or avec une telle origine, comment la petite Marguerite pouvait-elle espérer se marier avantageusement 70 ? D'autant plus que moins de 50 % des gens se mariaient dans le Cantal 71. Il y avait alors bien plus de femmes seules que d'hommes 72, car, victime d'un exode rural sans comparaison, le département avait connu environ 35 000 départs entre 1841 et 1861.

Le dépouillement des matrices cadastrales confirme cette misère économique. En 1839, Jeanne B**, première du nom, à Dienne, transmettait 40 ares à Jeanne B** deuxième du nom, à Aymas (folio 95). La même année, quatre biens (de 40 à 47 ares) appartenant à Jeanne B** (première à quatrième du nom) passent à Antoine Monteil fils, à Aymas. Toujours selon la matrice, Pierre F** avait une maison à Aymas. En revanche, G**, le second mari de Marguerite B**, n'était plus à Aymas au moment du recensement de 1861 et ne possédait rien. Quant à la grand-mère, aucune profession ne lui fut accordée durant le procès — seul le terme de prostitution apparaît dans les pièces : la matrice cadastrale mentionne, pour 1861, 14 et 29 ares en 1863 appartenant à Jean B** et Jeanne F** (folio 598). Presque rien, d'où la nécessité pour la petite Marguerite et ses parents de se louer comme domestiques.

La famille vivait donc à Aymas, petit village de Ségur adossé à la montagne, et dominant la petite vallée de la Santoire. L'arrière des maisons s'enfonçait dans la pente, les mettant à l'abri de l'écir mais non de l'humidité, ni des avalanches comme celles qui se produisirent en 1910 73. De par sa position, la nécessité de faire des réparations au village se faisait sans cesse sentir 74. Les maisons n'avaient qu'un étage et étaient toutes couvertes en chaume 75. La commune était entièrement consacrée à l’agriculture 76 avec 550 hectares en terres cultivées et surtout 1 450 hectares en prés et pacages pour 2 650 hectares de superficie totale. La présence de « montagnes » (collectives pour certaines) favorisait l’élevage et la fabrication du fromage. S’appuyant sur des prairies de bonne qualité, les vacheries y étaient ainsi estimées 77.

Par ailleurs, le recensement de 1861 78 révèle une image de la campagne bien originale. Ce qui frappe, c'est le nombre de femmes chefs de ménages : deux veuves, six femmes seules, et six célibataires (veuves ou non) avec enfants, soit quatorze au total, sur 35 chefs de famille.

Ménages Nombre
Père+mère+domestiques 1
Père+mère + enfant 8
Père+mère+enfants+collatéraux 3
Père+mère+enfant+petits-fils 1
Père+mère+gendre et fille 1
Veuf+enfant 2
Veuf+gendre et fille 1
Veuf+gendre et fille+petits enfants+collatéraux 1
veuf+gendre et fille+collatéraux 1
Célibataire homme+collatéraux 2
Veuve+1enfant+fille et gendre et leurs enfants 1
Veuve+enfants 1
Femme+enfants 3
Femme+enfants+collatéraux 1
Femme+enfants+petite-fille naturelle+collatéraux 1
Femme seule 5
Femme seule+collatéraux 1


Recensement de 1861/ Plus de 18 ans/ Moins de 18 ans/ Domestiques de moins de 15 ans/ Domestiques de plusde15 ans/ Total
Hommes 33 16 2 3 54
Femmes 53 24 6 3 86
Total 86 40 8 6 140

On peut ainsi se demander si le village n'était pas aux mains des femmes avec 86 individus de sexe féminin sur 140 habitants. Toujours est-il qu'elles représentaient, pour le moins, un pouvoir dans la mesure où elles avaient voix au chapitre pour ce qui concernait le mode de jouissance des biens collectifs. On aurait donc tort de trop disqualifier la situation de la célibataire et surtout de la veuve 79.

L'image de l'épouse silencieuse, presque esclavagisée, a ainsi bien des limites 80. Le village d'Aymas bouleverse en effet l'image qu'on peut avoir des campagnes du siècle dernier. Bien des clichés s'effondrent devant l'examen détaillé des familles. Le pater familias, tel que les auteurs de l'époque le décrivent, était loin d'y représenter la règle générale 81. Si le conservatisme d'un Le Play 82 pouvait y trouver son compte, l'image du maître de maison tout puissant et celle de la femme s'affairant debout autour de la table pour servir le repas du maître et des domestiques 83 sont ici à nuancer 84.

Elles s'appliquent, il est vrai, comme le souligne J.R. Dalby, bien plus au monde des propriétaires, délaissant celui des « prolétaires ». Le souci, l'obsession de conserver le patrimoine semblaient commander les comportements autoritaires. Ils engendraient la soumission, celle des femmes en particulier 85. Le paradigme existait mais assorti de défaillances 86. Existait bel et bien un envers du décor. Derrière les silences du voisinage face à l'extérieur, se dessinait le monde ténébreux de la violence familiale 87. La stabilité sociale qu'était censée incarner la famille paysanne idéale y perdait de sa valeur.

Mais, parmi ces quatorze femmes chefs de ménage, les deux plus âgées avaient 60 ans, les deux plus jeunes 40 ans, si bien que Marguerite B** était entourée de femmes de son âge au statut bien supérieur. En prenait-elle ombrage ? Car chez elle, c'était son gendre, Jean B**, le chef de famille. Elle ne venait, selon le recensement, qu'en cinquième position derrière sa fille, ses deux petites-filles, Marguerite F**, treize ans et Marguerite B**, sept ans. Mais, si les coutumes administratives reflétaient d’abord les normes sociales, elles ne révélaient pas forcément les tensions familiales. Car l’ancien maçon corrézien n'était entouré que de femmes. Étranger au pays, décidait-il de tout ? Ne reconnaissait-il pas avoir suivi les « recommandations d'autres personnes » quant à l'attitude à adopter face à sa belle-fille ? « Dans les premiers temps, j'ai voulu corriger la petite à cause de son caractère indocile… ensuite, je l'ai laissée tranquille ». La petite ne le cachait pas : « Mon beau-père me battait parfois, mais je n'étais pas particulièrement malheureuse ».

Pour avoir, dans un premier temps, proposé à sa propre fille « l'affaire », Marguerite B** ne semblait donc guère craindre son gendre, lequel aurait raconté, selon Andral (6° interrogatoire), qu’il se moquait qu’on la pende. Toute cette histoire se serait ainsi déroulée dans son dos. Du reste, il n'était pas sur place, car employé comme domestique à Roche-de-Saint-Saturnin. Tout comme le second mari de Marguerite, G**, vacher dans un buron de Dienne 88, qu'on ne prit même pas soin d’interroger.

L'absence des hommes était manifeste et la famille ne possédant aucune terre, la question de la succession ne se posait pas. La grand-mère et la petite-fille ne semblaient subir que très peu de pressions familiales. « Chaque fois qu'elle était dans le besoin, elle s'adressait à moi plus qu'à sa mère, car celle-ci n'est pas adroite », expliquait la première. Par ailleurs, la petite n'était pas employée sur place alors qu'il y avait six domestiques de moins de quinze ans dans le village. Était-ce dû à la mauvaise réputation de la grand-mère ? Ou à la trop grande proximité de la famille 89 ? Reste que leurs coudées n'en étaient que plus franches.

Or, l’abbé Andral, après bien des vicissitudes, était de retour à Murat. Il ne devait plus repartir. « Là, au début, pour tromper la confiance, il eut des pratiques exagérées de dévotion, mais il était resté le même... », telle fut la tonalité de l'acte d'accusation. Mais cela nous éloigne peut-être de la véritable personnalité d'Andral. Certes, l'individu avait des mœurs peu compatibles avec l'état clérical, une honnêteté sujette à caution, l'art de l'esquive et du mensonge ou peut-être une raison largement ébranlée 90, mais de son passage sous les ordres il ne semblait rien regretter. Mieux, dire la messe apparaissait essentiel chez lui 91. Quant à ses profondes motivations, on ne peut les établir, même si on a le sentiment que l'office pouvait, à l'occasion, lui procurer le moyen d'entrer en contact avec la gent féminine. Son attachement à la messe n'avait d'égal que sa passion pour la compagnie des femmes ou des jeunes filles. L'absence de critiques sur ses capacités à la dire tranche avec la réputation d'« homme à femmes » que la lecture des pièces du dossier fait apparaître 92. Et, c'est bien à ce niveau qu'émerge l'équivoque. Elle dévoile toute l'ambiguïté de ce prêtre hors du commun, mais aussi la gêne que purent rencontrer les autorités ecclésiastiques.

Car il put exercer dans toute la région. En cela il répondait à une demande. Soit le clergé en place ne pouvait satisfaire à tous les besoins, soit certains prêtres s'en remettaient à lui. Lassitude, fatigue, manque de loisirs, moyens financiers, tout pouvait concourir à faire appel à un individu qui semblait toujours disponible. Du reste, chez lui, le besoin de dire la messe semblait importer plus que le paiement de la prestation, en dépit de ses nombreuses dettes. Il put ainsi se rendre après 1860 à Celles, où l'abbé Gandilhon l'utilisa tous les dimanches, pendant trois mois. C'était, reconnut l'abbé, pour pallier la non venue d'un jeune vicaire qu'il avait provoquée par une série de démarches 93. Le 22 mars 1861, Mgr de Pompignac l'interdit cependant en termes très durs pour deux mois 94, mais il bénéficia ensuite, pour dire la messe, de permissions temporaires, renouvelables tous les trois mois. Au début de l'été 1863, il faisait ainsi des messes à Murat. C'est là qu'il avait donné rendez-vous à la grand-mère et à sa petite-fille, quelque temps après le fameux jour. Conciliantes, pour le moins, elles s'y rendirent effectivement. « Lorsqu'il s'est tourné pour dire le dominus vobiscum, il m'a regardé avec intelligence et en souriant », déclara Marguerite F**. « Faux, rétorqua-t-il au juge, j'ai pris l'habitude à l'église d'être très modeste et de ne regarder personne ». Déguisé 95, il les avait alors raccompagnées jusqu'à la route de Chastel. Expliquant à la petite qu'elle était malade, il lui promit deux bouteilles de vin par semaine, et lui donna le même mouchoir que dans la montagne. Puis une retraite (plus ou moins forcée) à Saint-Flour le tint éloigné quelques jours. Si bien que les retrouvailles à la messe de Fortuniès n'eurent pas lieu.

Peut-être parce qu'il avait déjà exercé à Dienne en 1856, il était en effet employé dans cette petite succursale, érigée en 1844 dans la commune. Perchée sur un éperon, c’était un mauvais poste peu prisé par les prêtres 96, mais il n'effrayait pas un Andral qui se familiarisait ainsi avec des montagnes peu hospitalières 97. Son rayon d'action s'accroissait. Ses chances de rencontrer la femme B** avaient grandi au même rythme. Non pas parce que le mari de celle-ci était vacher dans un buron de... Dienne, mais bien parce que celle-ci « courait » les chemins, notamment la route de Murat à Ségur 98.

Ségur où précisément il disait aussi la messe. « Peu regardant », le desservant lui accordait cinq francs par messe quand il se déplaçait, alors que lui aurait réclamé la même somme par dimanche, qu'il vînt ou non. Nonobstant ce différend, il « monta » à Ségur pendant trois ans 99. Mais, plus intéressant encore, il officia aussi à Notre-Dame de Valentines. À deux pas donc du village de Marguerite B**, qui fréquentait assidument depuis longtemps la petite chapelle vouée à la vierge.


A suivre...