Maurs
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Maurs La Jolie en Châtaigneraie cantalienne
Quand PARIS et MAURS-LA-JOLIE devinrent "VILLES LUMIERE"
Au tournant du XXeme siècle, l'impérieuse nécessité de chercher loin du "pays" les moyens d'existence qu'ils ne pouvaient demander exclusivement à leurs plateaux ou à leurs montagnes poussait les "enfants" du Massif Central vers la capitale. Dans les régions rurales, difficiles d'accès, le déficit d'emplois engendrait une importante migration, véritable "industrie des pauvres".
L'on comptait ces "fils de la glèbe" que le champ familial ne pouvait nourrir par centaines de milliers. Ils allaient exercer à Paris les métiers les plus durs et souvent les plus dédaignés, commençaient à lutter, s'effondraient quelquefois, ou triomphaient. Certes, selon un écrivain Français de la Fin du XIXème siècle, "partir c'est mourir un peu", cependant pour nombre de ces déracinés, l'abandon du foyer et du village était au contraire le seul moyen de survivre.
Leur attachement au sol natal n'en était pas pour autant affecté, ils s'unissaient en se regroupant dans diverses amicales, retrempaient ainsi leur amitié et les énergies. Leur solidarité était incomparable sous la bannière d'une ville, d'un canton ou d'un département.
Il ne se passait guère de mois sans que les originaires du Cantal, de l'Aveyron, de la Haute-Loire, du Puy de Dôme, de la Corrèze ou de la Lozère créent une amicale. Les membres se recrutaient dans tous les quartiers de Paris, dans toutes les banlieues et dans toutes les corporations. Ils s'étaient accaparés, en quelque sorte, certaines professions, et s'étaient rendus "maîtres" de certains quartiers. Ils étaient "voisins ici comme ils l'avaient été là-bas !" L'émigration des cantaliens était à ce point considérable que notre département semblait revivre en entier dans "la grande ville".
QUARTIERS ET METIERS
On trouvait les gens du Cantal vers la rue de la Roquette. Les Batignolles et Montmartre donnaient de préférence asile aux Aveyronnais, tandis que Montrouge était le quartier d'élection des Lozèriens qui débordaient sur Plaisance, Saint Sulpice et le Panthéon. Du côté de l'Avenue d'Orléans les originaires du Puy de Dôme étaient légion. Avec les évolutions de l'ordre économique, lorsque Paris devint l'objet de nombreuses et successives transformations suivies d'expropriations, que les quartiers furent bouleversés dispersant les habitants dans de nouveaux quartiers et les banlieues "où les gens se coudoient sans se voir, se poussent sans se connaître" cette crise morale et matérielle aurait pu être fatale à l'organisme auvergnat. Il n'en fut rien et paraît-il bien au contraire… Les groupements devinrent plus étroits, les amicales plus vivantes, c'était plaisir après le labeur journalier de voir, au soir de leurs réunions, les "arvernes" exilés venir de tous les points de l'horizon parisien. Une profession entre toute était exclusivement exercée par les auvergnats : celle de rémouleur et affûteur de scies (la longue scie fut "le drapeau de l'Auvergne") sans parler des repasseurs ambulants qui allaient et venaient tout le jour, agitants leurs sonnettes aux carrefours. En plein centre de Paris, le célèbre carreau du temple était le domaine exclusif des astucieux auvergnats. Les gens de Salers et d' Aurillac faisaient commerce de ferraille, tandis que les gens de Saint-Flour et de Montsalvy étaient généralement frotteurs. Du côté de l'Avenue d'Orléans les originaires du Puy de Dôme, du canton d'Issoire en particulier, tenaient le sceptre de la fructueuse brocante. Dans toutes les rues passaient et repassaient les cochers de fiacres, corréziens en majorité, après avoir été presque tous aveyronnais. Mais l'Aveyron s'embourgeoisait, ils tenaient des comptoirs et des meublés, étaient marchands de vins ou de charbon, dédaignant quelque peu le fouet….
LES "FROTTEURS" DU LOUVRE ETAIENT CANTALIENS
Ce métier exercé principalement par des originaires de Montsalvy et de Saint-Flour était dur, mais bon pour certains. L'entreprise pouvait être lucrative et même outrageusement. Le bâton de cire et la clientèle pouvait se vendre "après bas de laine rempli" 1 000 et 1 200 Francs. Les frotteurs occupaient leur activité de deux manières différentes. L'une était indépendante, elle consistait à traiter de gré à gré avec la clientèle bourgeoise pour l'entretien des appartements, bureaux, ou petits magasins. Dans ce cas, le travailleur était maître absolu, il vendait ses services au prix qu'il lui convenait d'établir. La seconde méthode était réservée aux grandes surfaces : Samaritaine, Louvre, Bon Marché, Printemps, Galerie Lafayette etc.… dans lesquelles travaillaient ensemble de véritables compagnies de 50, 100 frotteurs liés par des contrats a un employeur. L'un de ces entrepreneurs de frottage avait mis au point un système "ingénieux". Il n'embauchait d'autres hommes que ceux qui consentaient à remettre entre ses mains un cautionnement. En fin d'année, tout homme qui réclamait le dit cautionnement était congédié sans que la somme lui soit pour autant remboursée. Une enquête au Louvre et à la Samaritaine révéla également que tout retard était sanctionné par une amende graduelle. Les frotteurs pouvaient ainsi perdre le salaire de la journée. On comprend, écrivait Camille Devilar (1), qu'à ce petit jeu certains entrepreneurs de frottage aient pu s'enrichir et donner naissance à "une progéniture de petits muscadins qui ne connaîtraient d'autres parquets que celui de la Bourse" citant l'exemple de l'un d'entre eux qui fit frotter davantage qu'il ne frotta. Il était venu disait-on "nu du fond de sa province" dont les fils aujourd'hui sont "mis comme des princes". Las de leur exploitation, 200 frotteurs se réunirent, salle Bastide, rue de Rambuteau pour former une Chambre syndicale avec le concours de Camille Devilar. La présidence du syndicat était assurée par un compatriote, M. Delostal qui, à l'issue de l'assemblée générale, remit un compte rendu à "L'Auvergnat de Paris", persuadé que ce journal qui habituellement s'épenchait sur la colonie auvergnate, s'intéresserait à la cause des plus humbles. Il n'en fut rien ! Son directeur s'était paraît-il promis de ne jamais faire de publicité à l'intrus qui s'était introduit dans les rangs des frotteurs…
LA MUTUELLE CANTALIENNE
Le Président de l'Amicale du canton de Saint-Mamet, cadette de celle du canton de Maurs avec laquelle elle entretenait des liens d'un excellent voisinage, fit germer l'idée d'un groupement étendu à toutes les amicales cantaliennes "sans distinction de clocher" : la création d'une Mutuelle Cantalienne. Ainsi le 14 octobre 1904, au 166 de la rue Saint-Honoré, sous la présidence de M. Trémoulière, maire d'Omps, président de l'amicale du canton de Saint-Mamet, en présence des présidents des autres amicales cantaliennes, on parla du projet de statuts, on parla chiffres, on était convaincu de l'écho favorable que rencontrerait cette initiative : quel était le laitier, le charbonnier, l'ouvrier ou l'employé, etc. qui n'avait pas besoin, l'un une garantie contre les fantaisies du laboratoire, l'autre, une sécurité contre les caprices des vérificateurs des poids et mesures, celui-ci un concours efficace pour la modification de l'odieuse loi des patentes ; celui-là une protection contre l'arbitraire de la police ou les exigences de la salubrité, en même temps que d'autres y trouveraient tous les éléments de sauvegarde, de paix et de justice nécessaire au travail, ou encore des services utiles : placements gratuits, secours médicaux et pharmaceutiques, offres et demandes d'emplois, pensions de retraite. Les organisateurs voulaient répondre aux préoccupations des compatriotes domiciliés dans le département de la Seine. Une nouvelle réunion fut convoquée au Café de l'Univers pour installer le Conseil d'Administration : président : M. Trémouliere et parmi les membres Mrs Meynard et Gratacap de l'amicale des enfants du canton de Maurs, M. Devilar originaire de Maurs etc. Il fallait rechercher un local pour l'établissement du siège social, dont la gérance serait confiée, à un ménage cantalien. Mr. GRATACAP fut chargé de cette mission.
LES "ENFANTS DE MAURS"
Dans ce superbe mouvement amicaliste le Cantal marchait de l'avant. Les "enfants de Maurs" avaient très tôt montré l'exemple. Les premiers jalons de l'amicale doyenne furent plantés vers 1890 par M. Gratacap, un homme très dévoué. M. Maynard son successeur n'était pas moins méritant. Lui aussi avait contribué de toutes ses forces, de toute son énergie, de tout son talent, à sa prospérité. A l'occasion d'une réunion générale organisée dans la salle du Café du Centre, Boulevard Sébastopol, en présence de 250 convives, le Vice-Président saluait "les deux disciples de la fraternité". Le dernier avait paraît-il promis de passer sa retraite à Maurs-la-jolie que le jour où il n'y aurait plus un seul originaire du canton en dehors de la société amicale. Le président de l'Amicale des enfants de Maurs, était décrit comme un homme de haute stature d'un type vigoureux qui personnifiait "notre race antique" (voir encadré). Sa voix chaude et bien timbrée s'émouvait lorsqu'il parlait de Maurs-La-jolie. Et l'on voyait passer sous ses bons yeux tout un mirage, toute une poésie de maisons riantes encloses de jardinets fleuris, où tout sent bon, où tout respire la paix, le bonheur et la joie. Dans un discours prononcé en l'honneur du Président fondateur et celui en activité on se félicita de la progression de l'Amicale qui grâce à sa noble devise "Bien faire et laisser dire" poursuivait une ligne de conduite inattaquable. Les banquets et fêtes se comptaient par dizaines en début d'année. Les fervents des "petites patries" se retrouvaient autour des tables bien servies et l'on évoquait le passé émouvant et le présent consacré a l'âpre lutte pour l'existence, où l'on rêvait d'une vieillesse heureuse, loin du tumulte de la grande ville, dans la quiétude rustique, dans la beauté équestre des montagnes farouches et des vallées charmeuses. Les enfants de Maurs s'intéressaient au rêve de leur président qui voulait faire de Maurs un Centre de retraite. Pour atteindre ce résultat on posait la question du développement de l'intensité vitale de Maurs, admirablement située à proximité de la grande voie ferrée de Paris à Toulouse, à quelques kilomètres de Figeac et de Décazeville. Maurs semblait toute indiquée pour jouer dans l'économie celui dévolu à la riante cité de Vic-sur Cère. La houille blanche, ce trésor des âges futurs, ne manquait pas à Maurs avec son usine électrique. Que faudrait-il encore pour faire de cette coquette cité l'importante localité qu'elle devrait être ? Un tramway qui la relierait à Décazeville, une ou deux manufactures, quelque usine métallurgique, une industrie alimentaire. A l'issue du banquet et après les brèves allocations, place était faite au"concert familial" : piano, mandoline et les incontournables chansons : "Lo consou des Ganelets", "O que Maou es poulit", le clou de cette fête revenait à un Ganelet honoraire qui récita quelques vers en l'honneur du président Maynard: "Paris et Maurs-La- Joli,e Villes Lumière".
OMBRES ET LUMIERES DE LA "BELLE EPOQUE"
A la fin du 19ème et au début du 20ème siècle, la vie en France n'était pas belle pour tout le monde. ". "La Belle Epoque" avait ses envers, ses mythes et ses réalités. Cette expression, forgée en fait au lendemain de la guerre mondiale, évoquait une certaine façon de vivre les loisirs et la culture, elle célébrait le prodigieux essor des sciences du siècle finissant, elle marquait le seuil d'une ère nouvelle dont les savants et philosophes prophétisaient la grandeur. L'une des thèses les plus progressistes était d'ailleurs soutenue par l'illustre Emile Duclaux, né le 5 juin 1839 à Aurillac dans un milieu modeste. Biologiste et Directeur de l'Institut Pasteur, il défendait l'idée du rôle éminemment pacificateur de la science. "Puisse le soleil du siècle nouveau se lever sur le monde dans un ciel sans brumes", titrait LE PETIT PARISIEN pour l'inauguration de la prestigieuse Exposition Universelle organisée à Paris en 1900.
A la croisée des siècles, Paris voulut être la capitale du progrès technique et des arts. Elle fit un triomphe à l'électricité qui se présentait comme la métaphore la plus éclatante pour décrire les prouesses du progrès technique : la porte monumentale de l'entrée de l'exposition était illuminée par 36.000 lampes à incandescence.
La Tour Eiffel, clou de l'Exposition Universelle précédente de 1889, resplendissait, dominant de toute sa hauteur l'esplanade où se dressaient les pavillons des nations invitées et un immense globe de verre illuminé de mille feux. Lampes à arc ou à incandescence embellissaient les Jardins des Champs Elysées, le Pont Alexandre III, le Château d'Eau, Le Petit et le Grand Palais, etc. Les visiteurs tombaient sous les charmes de Paris…
C'est ainsi que la fée électricité lui décerna le titre de "Ville Lumière".
Mais de là à ce que Maurs-la-Jolie ait eu l'audace de rivaliser d'éclat avec la capitale, seule la plume quelque peu malicieuse d'un poète, trempée dans l'encrier de cette" Belle Epoque" pouvait l'oser.
Source
Revue du Stade Maursois 2002-2003. Article Serge Mazières.
