Ostal del libre

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Bonjour à tous ! En attendant de vous donner davantage de choses sur le site de Cantalpassion.com, voici une petite présentation de la langue occitane dans le Cantal. Bonne lecture ! C. L.

Bonjorn a totses ! En esperar de vos donar mai aicí, sul siti de Cantalpassion.com, vos donam una pichona presentacion de la lenga occitana a cò nòstre. Bona lectura ! C. L.


L’autre langue parlée en Auvergne

 

Selon une enquête de l’IFOP faite en Auvergne en mars 2006, 55 % des Cantaliens parlent, en plus du français, un « parler local » parfaitement, facilement, ou sont capables au moins de suivre le sens global d’une conversation. Seuls 19 % disent ne pas du tout le connaître.

Qu’est-ce que ce parler ? 70 % des Cantaliens l’appellent le « patois » ou l’« auvergnat » (63 %), mais 42 % le nomment aussi d’« occitan » ou la « langue d’oc » (21 %), ces deux derniers termes étant synonymes.

Qualifier notre langue de « patois » est profondément méprisant si l’on en croit le Petit Robert, qui donne la définition suivante :

Patois : « Parler local employé par une population généralement peu nombreuse, souvent rurale et dont la culture, le niveau de civilisation sont jugés comme inférieurs à ceux du milieu environnant qui emploie la langue commune ».

Ce mot de « patois » est le terme que les pouvoirs ont utilisé pour anéantir ces parlers qui s’obstinaient à survivre en marge du français. Or beaucoup de Cantaliens restent profondément attachés à cette langue dont ils ignorent le nom puisqu’on ne le leur a jamais enseigné.

En réalité, l’autre langue qu’on parle depuis des siècles en Auvergne et Velay, le « patois », c’est la langue d’oc, ou occitan.

 

 

L’occitan ? Une des grandes langues de l’Europe

 

Issu du latin, comme l’italien, l’espagnol (castillan) ou le français, par exemple, l’occitan n’est pas du tout un parler « local ».

En France, l’occitan est parlé par un ou deux millions de personnes, dans 32 départements répartis sur 8 régions administratives. Sur les 14 millions d’habitants de ces régions, environ 6 millions comprennent l’occitan.

En Italie , l’occitan est parlé dans 12 Vallées des Alpes (il a été langue olympique en 2006).

En Espagne , il est parlé dans le Val d’Aran et a le statut de langue co-officielle de Catalogne.

Par le nombre de personnes qui le parlent, l’occitan est la 2e langue non officielle de l’Europe, après le catalan.

 

L'Europe et ses langues (carte extraite du site www.eurominirity.org)

 

 

L’occitan ? Un peu d’histoire

 

Vers le 9e siècle, en France, les parlers venant du latin se sont divisés en deux grandes familles : au nord de la Loire, où l'influence des langues germaniques a été forte, « oui » se disait « oïl », c’est la zone d'oïl. Le français actuel a pour ancêtre un parler d'oïl, celui de l’Île-de-France. Au sud de la Loire, où l'influence germanique est restée faible, « oui » se dit « oc », c'est la zone d'oc. L’occitan, c'est la langue d'oc.

A l'époque des troubadours (mot occitan qui signifie « celui qui trouve, qui est inspiré »), la langue occitane a rayonné sur toute l'Europe, et le français lui doit le mot « amour ». L’Auvergne a participé activement au mouvement des troubadours (Dalfin d’Alvèrnhe, Peire d’Alvèrnhe, Peire Cardenal...) et l’on connaît l’existence de plusieurs troubadours originaires du Cantal.

 

Le mouvement des troubadours. Carte extraite de Histoire et anthologie de la Littérature occitane, tome 1, Robert Lafont, éd. Presses du Languedoc.

 

 

 

Peire de Vic, lo Monge de Montaudon(Pierre de Vic, dit « Le Moine de Montaudon », né à Vic-sur-Cère à la fin du 12e siècle).

Document extrait de Terre des Troubadours, Gérard Zuchetto, éditions de Paris.

 

 

 

L’occitan était aussi couramment utilisé dans la vie publique, comme en témoignent de nombreux documents d'archives dont les plus anciens connus remontent au 9e siècle.

Breu del mel sanctae Fidis           (Localisations proposées par J.-P. Chambon)

Li mas de Bramaric, ii sestiers.                               Bramarie (Sansac-Veinazès)

Lo mas Garneirencs, i sestier.                       Le Mas Granier (Sansac-Veinazès)

Lo mas Guilfré, i sestier.

Lo mas de l’Erm, i sestier.                                         L’Herm (Sansac-Veinazès)

Lo mas della Faurga, i sestier.

Lo mas de Casellas, i sestier.                                    Cazelles (Sansac-Veinazès)

Lo mas del Casal, i sestier.                                     Le Chazal (Sansac-Veinazès)

Lo mas del forn, i sestier.                                         Le Mas del Four (Ladinhac)

Lo mas della Verna, i sestier.                                            La Vergne (Ladinhac)

Lo mas del Cassan, i sestier.                                             Le Cassan (Ladinhac)

Lo mas del Troil, i sestier.

Li mas del Poj, ii sestiers.

Lo mas della Broza, i sestier.                                Embrousse (Sansac-Veinazès)

Lo mas del Castanner, i sestier.                         Le Castanier (Sansac-Veinazès)

El mas de Terondelz, i emina.                             (localité disparue, Labesserette)

El capmas dellas Ginnosias, i emina. Ce texte du 11e siècle donne la liste des habitants de la Châtaigneraie cantalienne qui doivent verser une redevance en miel à l’abbaye de Conques.

Cartulaire de Conques (entre 1031 et 1081), transcription et commentaires de Jean-Pierre Chambon, extrait de la revue LENGAS, n° 48, 2000 ; CNRS, Université Paul Valéry, Montpellier

 

 

L’usage de l’occitan dans les documents non littéraires a été général : les Chartes de franchise des villes d’Auvergne sont en occitan (pour nous, voir Les Paix d’Aurillac) et les consuls (conseil municipal dans les villes occitanes, au moyen-âge) ont tenu leurs registres de délibération et de comptes en occitan jusqu’au 15e siècle (Aurillac) ou même au 16e siècle (Saint-Flour).

 

La plus ancienne affiche connue en Europe, dite « affiche des Choriers » (1454) est en latin et en occitan. (document propriété des Archives du Cantal.)

On y lit, en haut, un texte en latin qui autorise les « choriers » (prêtres chargés de chanter les offices), à quêter à la porte de la cathédrale de Saint-Flour parce qu’ils se trouvent à ce moment sans ressources. La dernière phrase en bas de l’affiche est en occitan : « Per amor de dieu fait almorna als paures coriers de nostra dona Et ganharas xxv jorns de pardo autreghats per monsenhor de sanct flor » (Pour l’amour de Dieu, fais aumône aux pauvres choriers de Notre Dame et tu gagneras 25 jours d’indulgence octroyés par Monseigneur de Saint-Flour).

 

Mais avec les conquêtes territoriales des rois de France, le français s’est imposé peu à peu comme langue du pouvoir. C’est en 1539 que François 1er interdit d'utiliser dans le royaume une autre langue que la sienne, le français (Ordonnances de Villers-Cotterêts). Depuis cette époque, les autres langues de France sont entrées dans la clandestinité. Après quelques hésitations lors de la Révolution Française, cet interdit a été maintenu par tous les régimes jusqu'à nos jours.

Pourtant, au milieu du 19e siècle, alors que Frédéric Mistral crée le Félibrige, les Cantaliens peuvent lire, par exemple dans la presse, de nombreux textes en occitan d’auteurs locaux. C’est en 1896 que le poète Arsène Vermenouze (Vielles d’Ytrac, 1850-1910) crée à Aurillac L’Escolo Oubernhato, affiliée au Félibrige.
Défenseur de la langue d’oc, il encourage ainsi des jeunes Cantaliens à cultiver leur bilinguisme :

« Vautres, enfants, estudiaretz plan lo francés :
Profitaretz de las leiçons de vòstre mèstre ;
Mas n’oblidaretz pas lo parlar del campèstre,
Qu’es tan polit uèi coma arser.

« Vau mai saber, enfants, duás lengas qu’una sola,
E meritaretz pas mocariá ni mesprés
Per tau qu’auretz aprés a l’ostau e sauretz
Qu’una marmita, quò’s una ola. »

Als escoliers d’a Maurs
Jos la clujada,
édition IEO 1979.

« Vous, mes enfants, vous étudierez bien le français : vous tirerez profit des leçons de votre maître ; mais vous n’oublierez pas le parler de la campagne qui est aussi joli aujourd’hui qu’hier.

Il vaut mieux savoir, mes enfants, deux langues qu’une seule, et vous ne mériterez ni moquerie ni mépris parce que vous aurez appris à la maison, et que vous saurez qu’une « marmite », c’est une « ola » (en occitan).  Aux écoliers de Maurs

Les Cantaliens sont donc, encore aujourd’hui, souvent bilingues. Et pourtant l’occitan a fort peu de place dans l’espace public, dans les médias et dans l’enseignement, contrairement à ce que beaucoup souhaiteraient.

C’est que, si la Charte européenne pour les langues régionales ou minoritaires a été signée par la France, elle n’est toujours pas ratifiée : comme l'alsacien, le basque, le breton, le catalan, le corse, le flamand et le franco-provençal, l'occitan n'a pas de statut réellement officiel en France.

 

 

L’occitan : une langue de la diversité

 

En se servant d’une langue dont le fond est identique, on peut prendre des habitudes de prononciation, de vocabulaire différentes selon les régions : c’est ce qu’on appelle les dialectes – il existe des dialectes dans toutes les langues, y compris le français.

Langue de la diversité, l’occitan comporte six grands parlers (ou dialectes), eux-mêmes répartis en deux zones : le sud-occitan et le nord-occitan.

LES GRANDS PARLERS OCCITANS (carte C.Liethoudt, pour l’Ostal del libre)


L’OCCITAN EN RÉGION AUVERGNE (carte C.Liethoudt, pour l’Ostal del libre)

En Auvergne, le sud de l’Allier, la Haute-Loire et le Puy-de-Dôme ainsi que la plus grande partie du Cantal au nord de la Maronne, du Lioran et du Brezons appartiennent à l’ensemble nord-occitan (dans sa variété d’Auvergne), appelé la zone du ‑cha- ; le sud du Cantal, lui, appartient à la zone du -ca-, c’est-à-dire à l’ensemble sud-occitan (le languedocien).

Les différences entre l’occitan auvergnat et le languedocien sont systématiques : ce qui se dit cargar (« charger ») ou garriga (« garrigue ») en languedocien se dit charjar ou jarrija en occitan d’Auvergne. Ces différences n’empêchent pas de se comprendre, et c’est à cela qu’on reconnaît que ces parlers appartiennent à une seule et même langue.

Le Cantal a la particularité de se situer sur la frontière entre nord-occitan et sud-occitan.

 

 

 

 

 

L’OCCITAN DANS LE CANTAL

Carte extraite de Gramatica occitana segon los parlars lengadocians, L. Alibert, édition IEO

À compétence linguistique égale, aucun parler occitan ne peut être dit plus « noble » ou plus « pur » qu’un autre.


 

 

LANGUE ? DIALECTE ? PATOIS ?

Notions linguistiques de base pour avoir les idées plus claires.

 

 

LANGUE : c’est un système qui permet de combiner des sons pour faire des mots et des mots pour faire des phrases. Exemple : l’occitan.

Ceux qui utilisent la même langue se comprennent entre eux, même s’ils n’ont pas tout à fait la même prononciation, le même vocabulaire, etc. En revanche, quand on parle des langues différentes, on ne se comprend pas.

 

DIALECTE : c’est une façon, particulière à une région, d’utiliser une langue.

Par exemple, on ne parle pas le français de la même façon dans le nord et le sud de la France, au Québec, en Wallonie, ou en Afrique.

Mais, si on se comprend d’un dialecte à l’autre, c’est la preuve qu’on parle la même langue.

 

PATOIS : c’est une façon, particulière à une zone territoriale très réduite, d’utiliser un dialecte.

Quand il est méprisé, exclu de la vie publique et privé d’enseignement, un dialecte se réduit fatalement à une multitude de patois. En effet, parce qu’on y est contraint, on cesse d’utiliser son parler maternel dès qu’on sort de son milieu familier. Cette vie en vase clos accentue alors les particularismes et finit par empêcher de se comprendre d’un canton à l’autre, d’un dialecte à l’autre…

C’est ainsi que meurent les langues. Pour en savoir plus : l’association Ostal del libre vous accueillera avec plaisir à sa librairie découvertes occitanes, 32 Cité Clair Vivre, 15000 AURILLAC (tél : 04 71 43 33 69 ; fax 04 71 48 93 79 ; courriel : mailto:ostal.del.libre@cegetel.net). Heures d’ouverture : du lundi au vendredi, de 14 h à 18 h 30.